«Je vous attendais.» Ce qu’il y a de bien, avec Line Renaud, c’est que son interlocuteur sait qu’elle sera à l’heure, aimable et disponible. Etre plus professionnel que Line semble impossible. Surtout en France, où les acteurs tendent à se prendre pour des vedettes mondiales, qu’ils ne sont pas.?
«Je me sens heureuse de jouer à Genève, où j’ai de bons souvenirs.» Notre amie sait caresser dans le sens du poil. Elle aime votre ville comme elle a retenu votre prénom. On la sent sincère. Promue comédienne, la chanteuse aime à rendre au public ce qu’il lui a donné. Elle sait en plus qu’en lui amenant Appelez-moi Mathilde, elle ne joue pas la facilité. La pièce d’Israël Horowitz ne constitue pas le vaudeville prévu. «J’en suis heureuse. Je vais vous dire, Etienne, je n’aime pas la facilité.»
Il aura ainsi fallu beaucoup de courage à Line, en 1981, pour bifurquer dans sa carrière. Tout se passait bien. Les succès s’accumulaient. «Justement! Tout allait trop bien. Je ronronnais. Je n’allais pas passer ma vie à descendre des escaliers avec des plumes. Le théâtre me tentait.» La chanteuse a trouvé le soutien de son mari Loulou Gasté. «C’est difficile de refuser des propositions routinières quand les autres ne viennent pas.»
Après Folle Amanda, Line avait gagné son pari. «J’avais osé bifurquer non pas quand tout dégringolait, mais quand je restais au sommet. L’exemple d’Yves Montand avec le cinéma m’avait impressionnée. On pouvait faire plusieurs carrières.» Un exercice difficile en France. «C’est vrai! Aux Etats-Unis, les gens pensent que vous élargissez votre offre. A Paris, les gens jugent que vous vous éparpillez.»
Une proposition flatteuse
Désormais, Line fait partie du monde de la scène. «Pour Très chère Mathilde, qui constitue l’adaptation d’une pièce américaine, c’est Israël Horovitz qui m’a choisie. J’étais impressionnée. Flattée. C’est quand même un grand dramaturge.» La pièce ne pouvait pas se jouer telle quelle. «Il fallait la conformer aux usages européens. Michèle Fitoussi s’en est chargée.» Line pouvait ainsi entrer dans la peau d’une femme plus âgée qu’elle. Mathilde, propriétaire en viager d’un immense appartement que tente de récupérer son acheteur, a 88?ans.
L’énergie crée l’énergie
«Il y avait longtemps que je n’avais plus fait de tournée. J’avais oublié comme c’est bon.» Un soir une ville. Un soir une autre. Mais où trouve-t-elle cette force, après passé soixante ans de carrière? «Je vais vous dire, Etienne. L’énergie crée l’énergie. Je reste incapable de ne rien faire. Je m’étiole. J’ai besoin d’un agenda chargé. Il me rassure. Après la tournée, il y aura un film. Puis je fais une dramatique en costumes pour France 2. En janvier 2011 je commence, toujours au cinéma, La douce empoisonneuse. Après, on verra.»
Cette frénésie, cette fringale, viennent de faire dire à Nicolas Sarkozy que Line Renaud était «incroyable». «Mais je le prends comme un compliment! C’est vrai que j’ai un côté monument historique. Que je fais partie du patrimoine. C’est extraordinairement flatteur, même s’il faut vieillir pour en arriver là.»
Parce qu’il ne faut pas oublier une chose! Line trouve encore le temps de lutter contre le sida. «Je le fais depuis vingt-six ans. J’arrêterai seulement quand c’est lui qui aura été vaincu.» Elle a donc pu tourner les clips de Sidaction et préparer la soirée de l’année entre deux représentations. «Tout ça, Etienne, c’est une question d’organisation.»
? «Très chère Mathilde», Théâtre du Léman, Salle du Grand Casino, mardi 9 mars et mercredi 10 mars à 20?heures 30.
Bio express
Line Renaud en dates
?1928. Naissance à Pont-de-Nieppe, près d’Armentières.
? 1935. Jacqueline Ente, la future Line, remporte son premier concours amateurs.
? 1949. Succès décisif, la débutante chante «Ma cabane au Canada».
? 1959. Line devient meneuse de revue emplumée au «Casino de Paris».
? 1963. Début de sa carrière à Las Vegas.
? 1979. Abandonne le music-hall en plein succès.
? 1981. Triomphe au théâtre avec «Folle Amanda».
? 2008. Ses 80?ans tiennent de l’événement national.