Remettre trompette, trombone, cor et tuba au milieu du village: tel est en substance l’objectif que s’est donné le Festival de cuivres de Genève, dont la première édition s’est déroulée ce week-end entre le Conservatoire, la salle Frank Martin et la salle communale de Plainpalais.
Didactique (concert initiation pour enfant le dimanche) ou éminemment mélomane (on vient écouter Gershwin, Bach et l’incontournable Feuerwerksmusik de Händel), le premier Festival de cuivres de Genève nous aura surtout étonné en réunissant deux mondes qui traditionnellement s’ignorent: le populaire et le savant. Soit d’une part les orchestres amateurs, Harmonies et fanfares, et d’autre part les professionnels, formés au classique, officiant en temps normal dans les institutions, au pupitre des orchestres symphoniques ou comme professeurs. Ces derniers apparaissent ici dans de plus petits ensembles, composés uniquement de cuivres, avec quelques percussions: les brass band.
Samedi, par exemple: à 18?h?30, la salle communale de Plainpalais accueille l’harmonie municipale du Grand-Saconnex, La Sirène. Soixante hommes et femmes, toutes générations confondues, rassemblés au son d’une musique de film ou d’un air bucolique. Bonne humeur, discipline et bel entrain sont au menu de cette escapade endimanchée. Tous ici sont amateurs. A l’Harmonie, on y va une fois par semaine pour répéter. Pour la musique, autant que pour l’atmosphère et la vie associative. Dans les fêtes officielles, on joue pour la commune. Sinon, on se déplace, comme ce soir.
«Ce concert est pour nous une immense opportunité!» constate Arsène Liechti, directeur de l’Harmonie. «Les fêtes populaires comme les réunions de musiques municipales disparaissent. C’est ici également une des rares occasions de présenter notre travail dans d’excellentes conditions de concert.»
Le Valais aime les cuivres
Samedi, encore: 20h30. En rejoignant les loges, les souffleurs de l’Harmonie se sont exclamés: «Au tour des professionnels!» Le second concert de la soirée, en effet, voit débarquer les virtuoses du Swiss Brass Consort. A eux les partitions acrobatiques, les cadences ébouriffantes. A eux de convaincre l’assemblée que ce festival a une bonne raison d’être. Le premier concert, l’«Aubade», était gratuit. Ça n’était pas la grande foule. Le second est payant: environ 150?personnes ont fait le déplacement.?Pas mal, pour un début.
Car la grande famille des cuivres, paraît-il, n’a pas la cote en terre genevoise. Entendez par là que, de pistons en pavillons, ladite famille ne connaît point ici d’autre usage professionnel que la participation docile à l’un ou l’autre des orchestres symphoniques de la place. Or, et c’est là le propos du directeur artistique du festival, ces chers cuivres ne demandent qu’à sortir du rang.
Formé au piano et au cor classique, enseignant au Conservatoire, Christophe Sturzenegger en est convaincu: le Festival de cuivres de Genève peut prendre racine. «Contrairement au Valais, où nombre de villages comptent deux brass band, il n’y a à Genève aucun groupe de ce genre. Notre but est de faire découvrir le répertoire uniquement consacré aux cuivres, et de susciter la création de brass band.»
Raison pour laquelle le festival a mis sur pied une master class. L’appel est clair. Reste à voir si Genève a le souffle nécessaire.