Elle a un truc à la tête, Blanche. Un trou, une absence, un vide. Depuis que son Lulu de mari n’est plus, cette grand-mère délicieusement excentrique se replie dans son monde. Par petites touches. Ouais, sa petite-fille qui lui ressemble tant, se rend bien compte que cela ne tourne plus tout à fait rond chez sa complice de toujours. Mais plutôt que de fuir cette triste réalité, elle mettra toute son imagination au service de sa grand-mère pour l’accompagner aussi loin que possible dans son voyage au bout de la mémoire.
Avec la sensibilité qu’on lui connaît, et avec son sens des réparties qui font souvent mouche, Fabrice Melquiot raconte l’entrée de Blanche dans ce pays de haute solitude qu’est la maladie d’Alzheimer. Son propos n’est pas déprimant pour autant: son personnage est drôle, attachant, très théâtral. Et l’enfance, ici, ne subit rien. Au contraire. C’est elle qui prend des initiatives, joue et gagne en assurance. Les jeunes spectateurs dès 10?ans apprécieront.
Dans les rôles de Blanche et Ouais, Christiane Suter et Sarah Marcuse. Les deux comédiennes, dirigées par Dominique Catton, réalisent là un sans-faute. Elles sont toutes deux entières et complices, en accord avec leur personnage jusqu’au timbre de leur voix. Christiane Suter, que l’on n’avait plus vue depuis longtemps sur scène, est juste poignante dans le rôle de Blanche, toute en grâce et en douce folie.
Les deux comédiennes évoluent dans un espace ingénieux imaginé par Terence Prout: un demi-cylindre de longs fils blancs qui font office de murs. A l’intérieur, l’appartement de Blanche. Au fur et à mesure que sa mémoire s’efface, les éléments de décor disparaissent. Ils sont gommés les uns après les autres, armoire, table et même fauteuil, laissant la grand-mère seule avec ses fantômes en robes blanches. Seule sa petite Ouais apporte une touche de couleur. Et de vie.
? Blanches, de Fabrice Melquiot, Théâtre Am Stram Gram, jusqu’au 21 mars, loc. 022?735?79?24