Depuis avril 2004, Parsifal n’a pas changé de nature. On n’attendait pas de bouleversement dans cette reprise qui s’était déjà signalée à l’époque par sa qualité musicale. Armin Jordan en était alors le grand prêtre, devant un Alfred Reiter, une Petra Lang et un Bo Skovus de légende.
Pas d’allégement scénique, donc, dans cette production mise en scène et décorée par Roland Aeschlimann. Toujours autant d’œcuménisme naïf et pesant, de raideur gestuelle et d’accumulation lourde de symboles visuels.
C’est ainsi vers la partition qu’on se tourne naturellement. Là où la longue plongée en apnée musicale finit par créer une véritable hypnose. Un magnétisme que le metteur en scène tente de rendre, mais qui reste en surface, décoratif et glacial.
Albert Dohmen souverain
La chaleur se niche donc en fosse et dans les voix. Si du côté orchestral, John Fiore en fait des tonnes dans l’affinage des lignes ou des couleurs sonores et ralentit une œuvre qui ne manque déjà pas de longueurs, l’OSR peine parfois à se rassembler dans ces alanguissements sublimés.
Vocalement, par contre, l’intensité est menée à de belles hauteurs par Albert Dohmen, somptueux Gurnemanz, aussi humble que souverain. Si Wagner avait dû choisir un interprète pour ses grands rôles de baryton basse, l’Allemand aurait sans doute été élu. Le rayonnement de sa voix, sa profondeur et sa projection, liés à une prestance scénique qui s’impose d’elle-même, en font le traducteur idéal des forces, à la fois subtiles et puissantes, du langage du compositeur.
Kundry sensible et dense, Lioba Braun maîtrise elle aussi à la perfection les arcanes wagnériens. Folie contrôlée et démesure canalisée, elle rend sa raison intime à la démente: celle de l’amour. Klaus Florian Vogt soufre pour sa part d’une forme de dichotomie qui révèle un Parsifal très inégal.
Efficacité des chœurs
Héroïque dans les aigus forts, il s’éteint soudain dans les médiums et graves doux, sur un chant parfois ingrat. Detlef Roth compose un Amfortas halluciné, Andrew un Klingsor aigre et Hans Tschammer un Titurel abyssal, alors que les chœurs se révèlent d’une grande efficacité. Un beau plateau.
? Parsifal de Richard Wagner, au Grand Théâtre, à 18?h les 24, 27, 30 mars et 2 avril. Le 21 mars à 16?h. Rens. 022?418?31?30.