Tirer le bilan d’un festival de musique comme on tire le bilan d’une station balnéaire, voilà qui, au jour du dernier jour, résume parfaitement l’enjeu du Paléo: il a fait beau, sauf une petite pluie de rien du tout jeudi, accompagnée d’une alerte «plan pluie» tout de même. Mais si votre serviteur s’est sali les godasses, c’est la faute du bassin installé sur le site, qui débordait joyeusement entre les tables.
Quoi d’autre? Les stands ont tourné à coin. Un peu grasses, les tapas. Pas de violence non plus, sinon très tard devant l’entrée. Mais pas de quoi entamer le souvenir d’une ambiance radieuse. On s’est bien marré. On a bien bu. On a les tympans un peu distendus. Ah oui, encore un détail: le festival s’est déroulé à guichets fermés, avec, selon les organisateurs, «quelque 230?000 spectateurs» du 20 au 25 juillet. Mais voyons plutôt quel a été le bilan artistique de cette 35e?édition.
Les «vieux» triomphent
On cherche le mot qui résume la cuvée 2010. «Peinard», ça vous convient? A l’image de Jacques Dutronc, venu embrasser la Grande Scène samedi soir, face à une foule ravie, certes, mais loin d’être déchaînée. Après six jours de festival, plus de doute, le roi du 35e Paléo, c’est lui, l’interprète de L’opportuniste, le plus beau des fumistes, qui, en guise de rappel, annonce: «Vous avez aimé les répétitions? Alors on peut commencer le concert!» Et Dutronc de reprendre les titres joués une heure plus tôt! Pour le plus grand bonheur des spectateurs, encore une fois. Faire du bis repetita un événement, c’est, somme toute, le grand dada du Paléo également.
Sur le papier, trois mois avant l’ouverture, l’affiche n’avait rien d’extrêmement emballant. Iggy Pop & The Stooges, NTM, Hugues Aufray, Crosby, Stills & Nash, Johnny Clegg ou encore Souchon et Indochine: pas de quoi exciter la curiosité!
C’est donc avec l’esprit débarrassé de ces folles attentes de mélomanes que nous nous sommes rendus au Paléo. Tant qu’à rester plan-plan, autant y aller sans trop d’exigences. Ce qui constitue la meilleure garantie contre toutes les formes de déception… Et ce qui devait arriver arriva. Prenez Hugues Aufray.
80 balais. Dans sa besace, Santiano, Stewball, Le petit âne gris… Serait-ce donc cela le grand répertoire pop? La réponse, elle, n’a souffert aucune ambiguïté: jeudi, Aufray a fait un triomphe. Et que dire de Crosby, Stills & Nash? La surprise du festival, c’était eux, les «vieux» du folk, qui ont livré un set parfait, avec chœurs chatoyants et solos de guitare aériens. Superbe. De même, on aura apprécié dans un registre nettement plus saturé – ce qui n’a pas toujours lieu de convenir à la sono de la Grande Scène – Iggy Pop et ses Stooges. Une bande d’éclopés encore vigousses. Sur le célèbre I Wanna Be Your Dog, Iggy a fait le chien. Ça fait toujours plaisir à voir.
Special guest: le hip-hop!
Que restait-il de la nouvelle garde? Jamiroquai, peut-être? Trop lisse. Le virtuose -M-? Trop sérieux. Certes, les gaillards ont assuré le minimum. Mais la vraie bonne surprise, cependant, est du côté du hip-hop qui, du Village du monde au Chapiteau, a offert un visage tour à tour populaire (le dernier concert de Sens Unik, la frangine Diam’s, N.E.R.D., NTM) ou vraiment novateur. Nos coups de cœur vont à Brother Ali, percutant MC albinos, au duo sud-africain Playdoe et aux Bernois Filewile, venus avec l’ébouriffante chanteuse Joy Frempong. Tous ceux-là, on veut bien les retrouver encore une fois.
? Prochaine édition: du 19 au 24 juillet 2011, avec les Caraïbes au Village du monde.