«L’hiver est la saison de l’imagination, du silence, de la neige et des fantômes dans les cheminées…» Dans la bouche de Sting, ex-blondinet punk et leader de The Police, voilà qui sonne comme les dernières paroles de l’ermite encroûté. N’est-ce donc pas une barbe qui encadre le visage jadis glabre de la «global rock star»? En fait de retraite, celle-ci évoque plus le monastère classé avec bed & breakfast que le tiré de rideau final.
Sting met le pied dans le classique. Et une idée tenace s’installe: oyé, oyé, braves consommateurs, voici les derniers soubresauts du monstre sacré! Certes, Sting n’a aujourd’hui d’autre souci majeur que d’occuper son temps. Mais l’homme a encore quelque chose à dire. Voyons voir…
Citation littéraire
En 2006 déjà, Sting avait tâté des baroqueries de John Dowland, pour une première incursion dans le prestigieux label classique Deutsche Grammophon. Chose qui toutefois fleurait un peu trop le bon coup marketing.
Trois ans auront été nécessaires pour retrouver Sting à peu près au même endroit, en plus décontracté cependant. Le titre de l’album fait en soi office de programme: If On A Winter’s Night… («Si par une nuit d’hiver») pose son homme au milieu d’un patchwork classique, baroque et traditionnel. Un air de Bach, une complainte tirée du King Arthur de Purcell, deux titres de Sting réarrangés, un chant de Noël… Dotée de son habituel timbre feulant, la star serpente entre violoncelle méditatif, harpe folk et ensemble vocal antique. Très beau.
Dans ce coin du feu pas dénué d’un certain maniérisme, on retrouve – surprise! – le violoncelliste attitré de -M-, Vincent Ségal, de même qu’un as des percussions iraniennes, le jeune Bijan Chemirani, vedette des scènes ethnomusicologiques. Pas de doute, Sting a commandé du cousu main, encore plus prestigieux, qu’il est allé enregistrer dans l’espace
dépouillé de sa maison toscane.
Si l’amateur de classique ne s’émeut pas plus que cela, les autres y découvriront avec bonheur quelques beaux morceaux choisis de l’art lyrique. Sting assure. Une petite allusion littéraire en prime ne fera donc pas trop prétentieux. Le titre de l’album, en effet, renvoie immanquablement au livre de l’écrivain italien Italo Calvino Si par une nuit d’hiver un voyageur…, exercice de pastiche romanesque. L’ouvrage compte parmi les préférés du chanteur qui déclare à son endroit: «Rien n’est authentique dans ce livre et tout l’est quand même. Mon travail est du même tonneau.»
Enfin, en guise d’ultime citation, Sting chante une adaptation en anglais d’un lied extrait du Winterreise de Franz Schubert. Winterreise, «voyage d’hiver»… Sting a sa culture, qu’il étale comme cela, mais pas trop. Une élégance tout anglaise, en somme. Joyeux Noël, Monsieur Sting!
? ? Sting, «If On A Winter’s Night…», CD Deutsche Grammophon/Universal.
Sting explique la démarche de son album «If On A Winter's Night»
Extrait d'une chanson de l'album, intitulée «Cold Song»