L'événement

La nouvelle comédie sera «une usine à théâtre»

Par PASCALE ZIMMERMANN le 03.11.2009 à 00:00

Le bureau parisien Gravier Martin Camara a remporté le concours d’architecture lancé par la Ville de Genève. - Deux salles de spectacle, des ateliers, des espaces de répétition, un restaurant et une librairie sont prévus. - La construction sur le site de la gare des Eaux-Vives est subordonnée à la votation du 29 novembre sur le CEVA.

Toutes les personnes réunies hier pour présenter le projet de Nouvelle Comédie devaient croiser les doigts derrière leur dos! Car si beau que soit le projet Skyline, vainqueur du concours d’architecture lancé par la Ville, il restera de jolies lignes tracées sur du papier si la population genevoise refuse, le 29 novembre, de réaliser la liaison ferroviaire Cornavin-Eaux-Vives-Annemasse (CEVA). C’est que les deux projets ne vont pas l’un sans l’autre (lire ci-dessous). A la question «Que devient la Nouvelle Comédie si le CEVA ne se fait pas?» un chœur de vierges effarouchées s’est écrié hier qu’il «ne fallait pas y penser»! C’est dire…

Les lauréats, eux, sont confiants. «On y croit fortement! Comme architectes, nous aimons beaucoup travailler sur ces grands projets d’équipement qui modifient le visage d’une ville», commentent Laurent Gravier et Sara Martin Camara. «Et le cahier des charges, qui nous demande de créer un théâtre ouvert sur l’espace public, convivial, correspond parfaitement à notre idée de la Nouvelle Comédie. Elle sera un signal dans la ville et en même temps un espace très fonctionnel. Une usine à fabriquer du théâtre.»

Deux salles de spectacle, l’une de 500 places «frontales», l’autre, modulable, de 300 sièges; des ateliers de construction de décors et de réalisation de costumes; des salles de répétition; des espaces dévolus à l’accueil du public, une librairie, un restaurant. Le tout s’ouvrant largement sur une esplanade assurant le contact direct avec le nouveau quartier qui va se construire à la gare des Eaux-Vives, voilà le concept. Qui promet aussi de respecter le développement durable. Le coût est estimé à 70 millions et l’on devrait voir la première pièce, si tout va bien, en 2016.

«Sur les 79 projets remis, celui que nous avons primé sortait vraiment du lot. Il a du reste fait l’unanimité: belle volumétrie, clarté, respect total du cahier des charges…» note le président du jury, Jean-Pierre Stefani. «Et nous ferons en sorte que ceux qui ont gagné le concours réalisent la Nouvelle Comédie!» affirment les conseillers administratifs Patrice Mugny et Rémy Pagani.

Pour assurer la continuité avec l’actuelle Comédie – idée chère au cœur de l’Association pour la Nouvelle Comédie qui a étroitement collaboré au choix du projet – les deux architectes lauréats se sont alliés au scénographe Michel Fayet. «Je suis passé en tournée à la Comédie comme directeur technique, je connais donc bien les lieux et leur fonctionnement, dit-il. C’est important, car ce théâtre a son histoire, qui doit être respectée.»

 


 

La Comédie, phare d’un nouveau quartier

C’est en RER que l’on se rendra demain à la Comédie. Le théâtre s’implantera sur une vaste esplanade, aux abords de la future gare des Eaux-Vives, celle qui est attendue avec la construction de la liaison ferroviaire Cornavin-Eaux-Vives-Annemasse. Autant dire que les deux réalisations sont intimement liées.

L’arrivée du CEVA va entièrement remodeler le secteur actuel. L’Etat, la Ville de Genève et les CFF vont profiter de l’arrivée du rail pour lancer une vaste opération immobilière pour plus de 200 millions de francs. On y érigera près de 250 logements, des commerces, des activités sportives et des surfaces de bureaux pour près de 400 emplois.

La Comédie se profilera comme le centre d’attraction de ce nouveau complexe, irrigué par des trains toutes les dix minutes. On pourra y venir directement de Lausanne. Les Eaux-Vives deviendront la troisième gare du canton en termes de fréquentation, après Cornavin et l’aéroport. L’image de ce futur quartier fait déjà l’objet d’un plan directeur. Cet ambitieux projet est conditionné à la réalisation du CEVA. Sans liaison ferroviaire, pas de projet immobilier. Et même s’il serait techniquement possible d’y ériger la Comédie, le projet perdrait beaucoup de sa pertinence.

Référendum fin novembre

Pour l’heure, le CEVA peine à sortir de l’ornière des blocages genevois. La liaison est attaquée par un référendum qui conteste le crédit complémentaire de 113 millions de francs récemment voté par le Grand Conseil. La votation aura lieu le 29 novembre. Si le crédit est accepté, il faudra encore attendre le règlement des recours lancés par des riverains. Le complexe serait réalisé au mieux d’ici à 2016. Dans le cas contraire, la liaison ferroviaire serait reportée aux calendes grecques. Et on ne donne pas cher de la Comédie.
Christian Bernet

 


 

Pas de bons architectes à Genève?

Il n’y a que des Français pour caracoler en tête du concours de la Nouvelle Comédie. Les réactions, sur Internet notamment, ne se sont pas fait attendre. N’y a-t-il donc plus de bons architectes à Genève? Ou en Suisse romande? Ce n’est pourtant pas faute d’avoir participé: quinze projets ont été élaborés par des bureaux genevois, et neuf par des Romands. Un seul, lausannois, est primé, à la cinquième place. Par manque de talent? Le président du jury, Jean-Pierre Stefani, répond avec sérieux à cette question provocatrice.

Les architectes «locaux» sont-ils défavorisés, car moins prestigieux aux yeux des membres d’un jury?
Nul n’est prophète en son pays… Ce n’est pas faux. Tschumi et Herzog et de Meuron, qui sont des stars adulées partout, construisent peu en Suisse, c’est vrai. Pourtant dans le cas de la Nouvelle Comédie, le concours était anonyme. L’attention des jurés n’a pas été parasitée par l’aura des stars du métier; par la nationalité; elle s’est concentrée sur la qualité des projets. Et celui qui a été choisi à l’unanimité sortait vraiment du lot, en ce qu’il répondait parfaitement au cahier des charges.

Nos écoles d’architecture assurent-elles une moins bonne formation qu’en France, en Italie, en Espagne ou en Allemagne?
Non. Il y a d’excellents architectes genevois et romands. Mais ils éprouvent une lassitude certaine. La lenteur et la pesanteur helvétiques découragent les plus motivés. Si peu de grands projets publics aboutissent! Ou alors il faut attendre dix ans leur réalisation. Les embûches sont nombreuses. Les bureaux préfèrent réaliser des écoles, des projets communaux de moindre envergure.

Et un concours, c’est un gros investissement…
Oui. Un bureau investit entre 30?000 et 50?000 francs dans un tel concours. Multipliés par 79 projets, vous voyez les millions que cela représente! Or, ce concours n’était doté que de 320?000?francs en tout. Il y a indéniablement débauche de travail à fonds perdus.
PZ
L’exposition des projets est ouverte au public jusqu’au 21 novembre, au Forum Faubourg, 6, Terreaux du Temple.

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