Qu'est-ce qui a bien pu traverser son esprit lorsqu'elle s'est retrouvée au sommet de cet escalier, en face de ce stade plein à craquer? Avec ces 30'000 spectateurs qui attendent son apparition depuis des heures pour enfin se lâcher? Entre ces deux squelettes géants qui semblent se prosterner devant elle, Mylène Farmer a peut-être senti ses jambes trembler. Un peu. Il est 21 heures. La nuit est tombée sur la Praille. Elle vit ses premières secondes sur cette scène mastodonte. Et elle doit avoir le ventre nouer par le trac...
La Française avait longuement hésité avant de se lancer dans cette aventure. Perfectionniste en diable, elle savait ce que ça impliquait comme contraintes. Mais son manager, Thierry Suc, avait trouvé les mots justes pour la convaincre. Comme Johnny Hallyday, Mylène Farmer a tous les atouts en main pour "allumer le feu" dans un stade. Elle prône une esthétique fascinante. Et développe un univers artistique qui permet toutes les fantaisies. Elle est donc une aptitude naturelle à chanter à la belle étoile.
Pendant les deux heures et vingt minutes qui ont suivi, Mylène Farmer n'a jamais eu à regretter son choix. Elle a savouré chaque minute. Jetant un regard reconnaissant à ces milliers de fans venus lui témoigner leur amour. Laissant son bonheur d'être là irradier sur les écrans géants. Et, lorsqu'elle s'est retrouvée au coeur du stade, en robe blanche, sous la pleine lune - qui s'est elle aussi invitée au spectacle, la fée rousse a laissé la magie opérer. "C'est tellement magnifique d'être ici!", a-t-elle chuchoté. L'émotion au bord des lèvres. Alors que le public reprenait les paroles de son titre: Rêver.
Mais Mylène Farmer, c'est surtout une femme aux multiples visages! A la fois diablesse, dans sa roube rouge et ultracourte, lorsqu'elle nous encourage à "appeler son numéro", et sulfureuse quand elle s'agenouille devant son guitariste - en habit de prêtre! - pour "jouer" l'amour XXL. La Française se révèle plus espiègle encore quand il s'agit d'égréner ses "vieux" titres. De Libertine à Pourvu qu'elles soient douces. Derrière elle, les deux "cerbères" au regard creux se dressent. Pour mieux profiter du show. Et le Stade de Genève chavire dans l'allégresse lorsque la sono crache les notes de Sans contrefaçon. Ivresse garantie!
Il n'y aura eu qu'une fausse note. Au moment de prendre congé de Genève, Mylène Farmer a interprété l'un de ses tubes fétiches: Désenchantée. Alors que le public scandait l'hymne de cette "génération" désabusée, on lui a fait le coup de la panne. Plus de micro, plus de son, plus de jus... Divine, la Française - après un petit moment d'hésitation - n'a pas perdu le sourire. Elle a continué la chorégraphie avec ses danseurs. Laissant le soin à ses fans de chanter à sa place. Attendant patiemment qu'on répare le bug en coulisses. Au fond d'elle, elle a certainement dû pester contre cette "imperfection". Mais celle-ci n'aura pas réussi à gâcher cette soirée. Qui restera d'autant plus inoubliable que c'était la première dans un stade.