Il fallait oser. Confronter des enfants de 7 à 12?ans à l’œuvre d’un compositeur allemand de l’avant-garde des années 60 relève du pari un peu fou. C’est probablement ce qui a motivé Prisca Harsch quand elle s’est lancée dans son projet pédagogique.
En amont du spectacle Ouvrages de gueule, conçu avec Pascal Gravat, la chorégraphe a initié six classes des écoles des Palettes et des Pâquis au travail de Dieter Schnebel. «Les enfants sont ouverts, commente-t-elle. Très vite, ils ne se posent plus la question de savoir s’il s’agit ou non de musique.»
Il est vrai qu’avec le créateur d’Atemzüge, on franchit allègrement les frontières de l’expérimental. S’il partage avec Artaud sa démarche incantatoire, le compositeur né en 1930 à Berlin s’est toujours davantage préoccupé du souffle que de la voix. Sans doute une manière, pour cet ancien théologien, de continuer à pister Dieu.
Expériences collectives
Après une première étape didactique, les élèves ont travaillé sur l’inspiration et l’expiration. «Puis nous avons inventé des signes afin de créer des sons et aussi des partitions, explique Prisca Harsch. C’était très ludique et ils ont vite compris ce que les signes donnaient en termes de son.»
Cette «mise en bouche» a débouché sur un atelier consacré à la danse. «Je ne leur montrais aucun mouvement, poursuit la chorégraphe. L’idée, c’est qu’à partir de petits exercices, ils peuvent créer du mouvement. Ce dernier peut être initié par la peau, le regard, une intuition.»
Les élèves se sont ensuite consacrés à un travail de composition. «Ils ont réalisé des séquences de mouvements, note encore la jeune femme. C’est quelque chose qui rejoignait vraiment Dieter Schnebel et les expériences collectives des années 60.»
Quant au spectacle qui se donne dès samedi soir au Grütli, «il s’agit une pièce avec un processus aléatoire de l’intérieur», précise Prisca Harsch. «Une production très particulière, ajoute Pascal Gravat. On a fait appel à de jeunes danseuses mais aussi à de nombreux corps de métier.»
Ouvrages de gueule s’articule en effet autour d’un axe pluridisciplinaire. Avec de la danse, du théâtre, de la musique et de la vidéo. Mais aussi des râles, des chants, des cris… Et du souffle, bien sûr, puisqu’il en faut et que tout part de là.
«On essaye d’être très clairs sur les enjeux, conclut la chorégraphe. Ce qui nous intéressait également, c’était de questionner au présent cette pièce qui a 40?ans.»