Vendredi, on est allé au concert. Le groupe s’appelle P.U.S.H., a été créé par un Genevois et revient auréolé de gloire pour une rencontre avec la jeunesse locale. En sept ans, P.U.S.H. a donné plus de 200 concerts en Europe. En France pour l’essentiel. Au Frat de Paris notamment, devant 13?000 personnes.
Particularité de cette formation d’obédience pop brassant rock à guitare, rap américain et disco: tous les textes sont des louanges à Dieu ou des témoignages de foi. P.U.S.H., ce sont les initiales de Pray Until Something Happens. Prie jusqu’à ce que quelque chose se passe…
La soirée se déroule dans l’ancien cinéma des Grottes. Rebaptisé Uptown. Sol très pentu, fauteuils écarlates, sas à l’entrée: la salle de ciné a été gardée telle quelle. Pour du rock, voilà qui semble peu aisé. Mais passons.
Œcuménisme pop
D’accortes demoiselles en robe de soirée noire accueillent le public. La Pastorale de jeunes supervise. C’est elle qui a organisé la venue du groupe. La Pastorale est catholique romaine, comme le compositeur et leader de P.U.S.H., Fabrice Kaspar. Les autres musiciens sont de confessions diverses, toutes chrétiennes, il va de soi. Le chanteur du groupe est évangéliste, la chanteuse réformée. Alex, le batteur, est agnostique. Tous prient ensemble avant le show.
En jeans et chemise, le groupe débarque sur scène devant une foule bigarrée, enfants, ados et adultes de tous âges. Environ 400?personnes, rencardées via les paroisses locales. On croise un frère de la communauté de Saint-Jean, un «petit gris». Questionnés sur leur motivation, bien des jeunes présents argueront principalement être venus retrouver des amis.
«C’est l’Eglise du futur»
«O Dieu écoute ma prière/Je divague et me plains/Je me disais/Si je pouvais comme la colombe/Avoir des ailes…» Sono à fond, light show idoine, trois cameramans et deux écrans géants: les moyens ne manquent pas. Fabrice Kaspar a la boule à zéro, le bassiste un bonnet comme The Edge de U2. A l’injonction du groupe, l’auditoire se lève et chante en chœur. Gloire à Dieu côtoie Oh Yeah, le rock variété devient prétexte à un Notre Père façon slow hard rock.
Communion? «Non, répond à bon escient ce jeune catholique. Mais c’est l’Eglise du futur. Le message trouve de nouveaux vecteurs. C’est un processus naturel.» Le concert, en effet, n’est pas un culte. Du moins pas cette fois-ci. Ailleurs, le groupe accompagne aussi la messe, en format acoustique. A moins que Fabrice et ses acolytes ne soient en train de former d’autres «animateurs» pour qu’ils livrent à leur tour leurs louanges en musique.
«C’est une dynamique nouvelle, inspirée de ce qui se fait aux Etats-Unis mais adaptée au public francophone, explique Fabrice. Mon projet est simple: proposer autre chose que les cahiers de l’Emmanuel, ces chants diffusés à large échelle, mais assez cuculs en matière de musique.» Comme dans La vie est un long fleuve tranquille? Pire parfois… «En tout cas, ce n’est pas ce que j’ai envie d’écouter dans ma voiture, même si on peut aussi bien rencontrer Dieu dans la simplicité avec une guitare désaccordée. La pop a l’avantage de faire participer les gens. Et c’est une musique que nous avons envie de jouer.»
Derrière Fabrice, animateur de formation (il a fait l’Institut d’études sociales), les musiciens sont des pros, payés par la structure de production créée pour faire la promotion du groupe. P.U.S.H. a son réseau, construit via les animateurs de paroisse. Surtout, le groupe est le seul à jouer dans les lycées privés en France. Raison pour laquelle l’affaire est devenue parfaitement rentable. La chose, d’ailleurs, n’a pas manqué de froisser les défenseurs du bénévolat, si cher à l’Eglise.
Réponse de Fabrice: «L’Eglise manque encore de proximité avec le monde du showbiz. Mais ça évolue. On paie bien les organistes! Nous, on nous demande de jouer pour une communion, une confirmation. Et après, l’évêque vient nous dire: «C’est ce qu’il faut!» C’est clair qu’un concert pop, ça fait venir des gens!»