Bienvenue à Clochemerle! Son lac, sa vieille ville et… sa Comédie! Jean-Bernard Mottet, du Département des affaires culturelles de la Ville (DIP), ose la comparaison avec la bourgade née de l’imagination de Gabriel Chevallier.
«C’est très désagréable», commente le bras droit de Patrice Mugny à propos de la polémique née autour du processus de désignation du prochain directeur de la Comédie (lire «TdG» du 17 mars). «C’est la Fondation d’art dramatique (FAD) qui est en première ligne», analyse-t-il encore.
Première à avoir pointé un «problème de procédure», Joëlle Comé, la directrice du Service cantonal de la culture, s’était fendue d’une lettre à la FAD. «Une démarche personnelle», souligne-t-elle aujourd’hui. Deux jours plus tard, Charles Beer lui emboîtait le pas au micro de Pascal Décaillet. En reprochant notamment à la FAD d’avoir, avant consultation des experts, «écarté certains dossiers» parmi la trentaine reçue.
Lesquels? Ceux déposés par des candidats de «l’extérieur», précisait le conseiller d’Etat. On en connaît au moins trois: les Français Christophe Perton, Eric Lacascade et Stanislas Nordey, même si ce dernier dispose d’un ancrage local grâce à son association avec Michèle Pralong, actuellement codirectrice du Grütli.
«Je ne suis pas dans le secret des dieux, assure Jean-Bernard Mottet, mais ça me semblerait étonnant qu’on écarte des gens parce qu’ils viennent d’ailleurs. Pour le reste, c’est assez courant qu’il y ait présélection: il faut un projet sérieux et solide.»
Sérénité des débats
Autre critique adressée par le canton à la FAD: le flou entourant le rôle des experts. Un trio composé de Danielle Chaperon, spécialiste en dramaturgie et histoire du théâtre, Jean Jourdheuil, metteur en scène, et Mathieu Menghini, actuel directeur du Théâtre Forum Meyrin.
«On m’a soumis, ainsi qu’aux autres experts, une dizaine de dossiers comme cela a été écrit dans les médias, rappelle ce dernier. Je n’ai pas fait partie du premier tri et n’ai pas de voix délibératrice. Par ailleurs et sans aucune pression de quiconque, je me récuse sur les dossiers me citant comme conseiller potentiel ou exemple.»
Joëlle Comé s’est également émue de la surreprésentation des syndicats au sein de la commission chargée d’examiner les dossiers. Sur les huit membres de cette commission, deux sont effectivement affiliés à des syndicats, mais ils interviennent essentiellement au titre de représentants du conseil de fondation.
Lundi soir, la FAD doit se prononcer sur les suites à donner aux demandes d’«affinement» de la directrice du Service cantonal de la culture. «Cette polémique ne profite pas à la sérénité des débats pour ce projet de Nouvelle Comédie que nous voulons mener à bien», constate pour sa part Jean-Bernard Mottet.
Il est vrai qu’une annulation de la procédure pourrait fragiliser un projet qui compte déjà un certain nombre de détracteurs, notamment politiques. Enfin, autre conséquence d’un éventuel report du processus de nomination: le contrat d’Anne Bisang à la tête de la Comédie pourrait se voir prolongé quelque temps.