«And the winner is…» Non. Cela ne se passe pas comme ça. Nul ne décachette au Musée de Carouge une enveloppe pour annoncer les vainqueurs des trois prix de céramique du concours. La chose se passe à la bonne franquette au-dessus des salles d’exposition. Dans le public se reconnaît la crème des potiers locaux, de Jacques Kaufmann à Philippe Barde en passant par Setsuka Nagasawa, tandis que Jeaninne de Haller représente la Ville. «Il y a même les membres de l’Académie internationale de céramique, dont le siège se trouve à L’Ariana. Ils ont déplacé leur jour de réunion pour venir», murmure Monique Crick, présidente du jury.
Trois lauréates
Eh bien voilà! La messe est dite. Patricia Terrapon décroche le Prix des céramistes suisses. Ilaria Ghezzi celui du Fonds Bruckner. La grande gagnante se révèle Noemi Niederhauser. Elle remporte le Prix de la Ville de Carouge pour une tasse et une sous-tasse, avec lesquelles on espère que nul ne se verra condamné à boire le thé du matin.
Après le vase soliflore et le pichet, c’est en effet la tasse et la sous-tasse qui font l’objet de cette compétition biennale. Dire que les esprits se sont échauffés tient de la litote. Notons que le jury a mis sagement les propositions les plus folles hors con-cours. Utiliser un modèle en tissu éponge cousu et imbibé de barbotine, aux bordures aussi épineuses qu’un oursin, relève bien de l’impossible.
Il faut se dépêcher de tout voir au musée avant de passer au parcours proprement dit. Le cheminement zigzague à travers Carouge pour finir à la Fondation Baur, où les très conceptuels Philippe Barde et Jacques Kaufmann sont de retour de Chine. Celle-ci a tout bridé, sauf leur imagination. Le travail des Genevois à partir de modèles asiatiques se révèle très personnel.
En terre ou en cuir?
Que retenir de ce parcours en se montrant, comme on dit aujourd’hui, très sélectif? A L’Antre-Peaux, Christiane Murner et le potier Peter Fink ont joué sur les matières. Qu’est-ce qui est en cuir? Où résident les parties de terre? C’est très réussi. La bijoutière Annick Zufferey accueille Ursula Commandeur, l’Allemande lie de petites plaques de porcelaine avec des fils métalliques. Un régal pour l’œil.
Marianne Brand, sans qui le Parcours, repris de maîtresse main, n’aurait guère pu se voir conçu en dix mois seulement, expose Marie-Noëlle Leppend. La Française propose des pièces sculpturales en forme d’outils traditionnels. Même petites, elles deviennent monumentales.
Révélation coréenne
Le plus raffiné se trouve cependant chez Peter Kammermann et Valérie Hangel. Dans leur nouveau showroom au décor patiné à l’ancienne, les duettistes ont invité Sangwoo Kim. Le Coréen a posé sur les meubles des pièces ovales, incisées de textes. Ils tiennent de la tablette sumérienne et du ballon de rugby. Magnifique! Quant au magasin lui-même, il fait rêver par son luxe. Est-on à New York, à Londres ou à Carouge?
? Jusqu’au 4 octobre, www.parcoursceramiquecarougeois.ch