Rencontres et débats se poursuivent autour des films au FIFDH. Parmi les nombreuses œuvres présentées vendredi, on vous en propose trois. Tout d’abord, L’armée du crime de Robert Guédiguian. Avant Tony Gatlif relatant le massacre des Roms dans Liberté, il avait lui aussi choisi de se pencher sur un épisode méconnu et tragique de l’Occupation.
Renouant avec la fiction historique, il évoque l’extraordinaire solidarité des juifs venus de Hongrie, de Pologne, de Roumanie, d’Arménie, d’Espagne ou d’Italie et qui, clandestinement, s’unissent pour combattre les nazis, libérer la France et faire triompher les droits de l’homme. Ils n’y survivront pas.
Le courage exemplaire des héros de l’ombre
Retraçant la lutte de ces hommes et de ces femmes dont l’existence a été retenue sous l’appellation «Armée du crime», Robert Guédiguian rend hommage à des héros de l’ombre oubliés, au courage exemplaire. Pour les incarner, on retrouve des comédiens comme Jean-Pierre Daroussin, Ariane Ascaride, Virginie Ledoyen, Simon Abkarian, Robinson Stévenin ou Grégoire Leprince-Ringuet.
Liaison gay au sein de Tsahal
Autre armée, autre problématique avec Yossi & Jagger d’Eytan Fox, petit film de 65?minutes tourné pour la télévision, qui avait fait un tabac sur les écrans israéliens à sa sortie en 2002. En observation à la frontière libanaise, deux soldats de Tsahal quittent leur poste pour s’ébattre dans la neige. Les étreintes sont amoureuses, car Yossi, taciturne et bourré de principes, n’en vit pas moins une folle passion avec Jagger, aussi sexy qu’extraverti.
Cette liaison tendre et torride, exacerbée par son côté secret et les contraintes d’un milieu coercitif, offre un saisissant contraste avec le machisme ambiant. Par ailleurs, quelques difficultés surviennent lors de l’arrivée au campement de deux filles, dont l’une est particulièrement attirée par le beau Jagger.
Inspirée d’une histoire vraie, la relation est aussi symbolique d’une autre réalité. Outre son exploration des rapports entre les deux jeunes gens, Eytan Fox ne se prive pas d’insister sur les conséquences du non-dit et la peur de quitter la norme, qu’elle soit militaire ou sociale.
Les dangers de sortir du Nkuta…
Révélateur à cet égard, le documentaire de Céline Metzger, mettant l’accent sur le danger d’assumer son homosexualité au Cameroun. Selon une ordonnance de 1972, c’est un délit passible de cinq ans de prison. L’avocate Alice Nkom se bat pour son abolition.
Dans Cameroun: sortir du Nkuta, l’équivalent de «sortir du placard» ou de «faire son coming out», la réalisatrice suit cette femme dans sa défense des gays et sa volonté de faire évoluer les mentalités. La société camerounaise se dessine à travers des confessions intimes et des témoignages. La dépénalisation de l’homosexualité fera ensuite l’objet d’un débat entre Alice Nkom, Robert Badinter et Thomas Greminger.
«Yossi & Jagger» d’Eytan Fox, à 16?h?30 et «L’armée du crime», de Robert Guédiguian, à 19?h?45 au CAC/Langlois.
«Cameroun: sortir du Nkuta», de Céline Metzger, à 20?h?30 à l’Alhambra.