«Pourquoi un tel gaspillage des fonds lacustres?» s’indigne la secrétaire générale régionale du WWF Genève Françoise Chappaz. A la lecture du rapport d’étude d’impact sur le projet de la plage et du port public des Eaux-Vives (PPEV), le WWF a décidé de faire opposition aux demandes d’autorisation de construire, dans les délais échus au 1er mars. Voilà un projet genevois, plébiscité par le Grand Conseil, qui avançait vite. Trop vite peut-être…
«Nous ne sommes pas opposés – et nous l’avions dit lors d’une première consultation – à réaliser des plages et des accès aux rives du lac pour la population genevoise, explique-t-elle. Mais une telle emprise (14 hectares, dont 3,4 pour la plage et 3,3 pour la grève) porte atteinte au droit fédéral, notamment les lois sur la protection des eaux et la protection de la nature.»
Membre du comité WWF-Genève, la Verte Sylvia Leuenberger défend l’importance de la zone littorale dans la préservation de la biodiversité. «Des dizaines d’espèces vivent sur ces hauts-fonds de 0 à 10?mètres de profondeur, développant une nourriture exceptionnelle pour les poissons et les oiseaux lacustres.»
Etat écologique précaire
Et de rappeler le rapport sur l’«Etat écologique du Petit Lac en 2008», dans lequel le Service cantonal de l’écologie de l’eau confirmait l’importance de cette zone littorale pour l’équilibre écologique. Il notait la fragilité de ces milieux suite à de nombreux remblais réalisés ces deux derniers siècles. On pense au jardin Anglais et au quai de Cologny notamment.
Plan directeur nécessaire
Le WWF estime donc que ce projet, ports compris, doit être entièrement repensé sur un périmètre élargi et inséré dans un plan directeur cantonal des rives. L’association imagine quelques autres solutions moins dommageables, à l’image de ce qui s’est fait aux lacs d’Annecy et du Bourget. «La refonte du projet devrait faire de celui-ci un modèle de développement durable urbain», estime Françoise Chappaz.
Pour commencer, la plage pourrait être réduite à une grève de galets (ndlr: de toute façon, il s’agira de galets et non de sable) au bord du quai Gustave-Ador. Un aménagement similaire pourrait être réalisé après Genève-Plage, voire en bas de la rampe de Vésenaz.
Toutes ces suggestions réduisent à presque rien les remblais sur le lac (contre 112?000?m³ pour la plage).
Une réunion avec les services de l’Etat, agendée avant le délai d’opposition, a été annulée. Et reportée au 30 mars. Pro Natura attend, pour sa part, cette échéance pour faire part de ses remarques éventuelles. «En tout état de cause, nous nous sommes clairement positionnés comme partenaires de ce projet qui s’inscrit dans le concept de nature en ville», déclare son président Alexandre Breda.
Allô la plage
Le Service de renaturation des cours d’eau (Département de l’intérieur et de la mobilité) a mis une ligne téléphonique à disposition du public intéressé par l’avancement de ce projet (Tél. 022?546?76?00).