Témoignages

Vivre en France voisine sans être frontalier: dur!

Par Marie Prieur le 30.08.2011 à 00:00

La proximité de Genève influence fortement le niveau de vie en Haute-Savoie et dans l’Ain. Pour les habitants de la zone frontalière qui vivent d’un salaire français, les fins de mois sont difficiles.

Comment vivre aux portes de Genève lorsqu’on gagne à peine 2000?euros (2370?francs suisses) par mois? Pour s’établir dans la zone frontalière, pas de mystère, mieux vaut travailler à Genève. Surtout en ce moment: grâce au franc fort, le niveau de vie des frontaliers et des Suisses installés du côté français a fait un bond. Il convient quand même de tempérer l’euphorie actuelle: le franc fort pèse sur le marché de l’emploi genevois, menaçant également les frontaliers. Il n’empêche: l’écart se creuse entre ceux qui gagnent leur vie en Suisse et ceux qui travaillent du côté français. Difficile dès lors de ne pas succomber aux sirènes genevoises.

Eric Minchella a passé vingt-huit?ans dans l’enseignement à Annemasse. En tant que directeur d’école, il gagne 2300?euros par mois (soit, au taux de change actuel, 2730?francs). Presque trois fois moins qu’un enseignant débutant à Genève. Une différence colossale dont a pleinement conscience l’Annemassien. «Même si cela peut paraître étonnant, je n’ai jamais eu envie d’exercer ma profession en Suisse. J’ai le sentiment d’être de l’Education nationale. D’où mon choix de rester en France», commente-t-il.

Pas de place pour l’imprévu

«Ce qui me sauve, poursuit-il, c’est que je suis propriétaire de mon logement à Annemasse.» Un bien dont il a fait l’acquisition il y a une petite dizaine d’années. «Quand les prix étaient encore abordables. Aujourd’hui, je ne pourrais même pas racheter mon appartement.» Avec 3000?euros de revenus mensuels pour ce couple avec enfant, les Minchella font partie de la classe dite moyenne. «Ce sont des salaires qui permettent de vivre correctement pour peu qu’il n’y ait pas de pépin, type divorce, maladie, etc.»

L’imprévu, c’est exactement ce que redoute Bérangère Pellorce. Assistante sociale à Thonon au sein d’une association, la jeune femme débute dans la vie active. «Il faut multiplier les astuces pour boucler les fins de mois.» Ainsi, elle habite près de la gare d’Annemasse pour pouvoir faire les trajets domicile-travail en train. «L’abonnement me coûte 60?euros par mois contre plus de 200?euros rien qu’en essence si j’y allais en voiture.» Son salaire net s’élève à 1300 euros. «Juste un peu trop pour bénéficier d’aide. Je suis victime de l’effet de seuil. Je ne touche pas les 250?euros d’aide au logement car, dixit la Caisse d’allocations familiales, je gagne trop!» Elle assume donc seule son loyer de 600?euros par mois pour un studio de 30?m2. Qu’elle devrait bientôt troquer contre une colocation. Sans se plaindre outre mesure de sa situation, elle s’inquiète surtout de savoir comment payer ses impôts ou comment assumer une panne de machine à laver. «J’ai la chance de savoir gérer un budget», commente cette fan de shopping, contrainte d’éviter les boutiques pour ne pas succomber à la tentation. «En fait, quand on veut rester dans la région, travailler en Suisse n’est plus un choix mais une nécessité pour mieux vivre.»

Un raisonnement qui a finalement poussé Sébastien (prénom d’emprunt) à chercher du travail à Genève. Cuisinier dans un établissement du canton, cet habitant de l’agglomération annemassienne n’a pas oublié les difficultés qu’ont rencontrées sa compagne et lui-même quand tous deux travaillaient en France. «Entre la nounou, les crédits, le téléphone et le reste, on était ric-rac à la fin du mois.» Aussi, après être passé par plusieurs établissements du Genevois français, il n’a pas hésité quand une opportunité s’est présentée à Genève. Son salaire est passé de 1800 à 3400?euros (au taux de change actuel). «Mon employeur de l’époque m’avait dit: de toute façon, j’ai l’habitude, dès que je trouve du personnel qualifié, un mois après, il part à Genève.»

Reculer pour pouvoir acheter

Une tentation que comprend Cécile Fraysse. A 25?ans, cette infirmière à l’hôpital d’Annemasse gagne 1600?euros selon le nombre de week-ends travaillés. Quant à son loyer à Saint-Jeoire, il est de 510?euros par mois, plus l’électricité. «Ce que j’économise en loyer, je le dépense en essence», précise-t-elle.

Postuler aux HUG, elle y a pensé. «En ajoutant un quart d’heure de plus en voiture, le salaire est multiplié par trois.» Pour le moment, elle préfère pourtant enchaîner les contrats à durée déterminée (CDD) en France voisine. «Je travaille le temps de mettre de côté puis je pars six mois en voyage. Cela ne va pas très vite pour économiser, mais pour le moment, j’y trouve mon compte. L’avantage, c’est que, l’hôpital d’Annemasse manquant de personnel, ils me reprennent à mon retour.»

Pascal Merlin, chef de service à la Ville d’Annemasse, trouve lui aussi plusieurs points positifs au fait d’exercer son métier en France. «Les trajets domicile-travail réduits, un confort de vie me permettant de voir mes enfants, neuf semaines de congés par an ainsi qu’un travail très intéressant.» Côté salaire en revanche, il n’y a pas photo, puisqu’il gagne 3000?euros. «Heureusement, je bénéficie d’un logement appartenant à la Ville que je loue moitié prix. Si on voulait acheter, il faudrait que ma femme travaille en Suisse ou que l’on change de région.»

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