On les surnomme les tortues ninjas. En équilibre sur leurs VTT, casqués, harnachés d’un plastron, de genouillères, ils dévalent les pentes en petits groupes, parfois à plus de 20?km/h. Sur les chemins de randonnée du Salève, certains accros de vitesse font bondir nombre de marcheurs. Ils suscitent aussi la colère de propriétaires, fatigués de voir leurs terrains transformés en parcours d’obstacles. Le phénomène s’accélère depuis quelques années et les esprits s’échauffent.
«Les habitants en ont marre»
«Le problème, c’est qu’on ne les entend pas descendre. La majorité d’entre eux va trop vite sur les chemins de randonneurs», tonne David Viry, secrétaire du comité de l’Association genevoise des amis du Salève (AGAS). Et il n’est pas le seul à se plaindre sur la centaine de membres de l’association. Le danger vient de la vitesse conjuguée à la faible visibilité dans ces zones. «Quand je les vois, je dois sauter au dernier moment sur le côté pour sauver ma peau! Il y aura un accident un jour», tempête David Viry.
Une crainte partagée par le maire de Monnetier-Mornex. Philippe Maume sait de quoi il parle. Il a lui-même failli être renversé par trois vététistes sur la place du village. L’élu se fait aussi le porte-parole de propriétaires dont les terrains sont mités par des chemins «sauvages». «Les descendeurs créent leurs sillons, écrasent le biotope et tout cela sur des terrains privés et publics, critique-t-il. Ces gens laissent sur place des planches, des tonneaux, pour faire des sauts. Les habitants en ont marre.»
Déviation à l’étude
Pas question pour autant d’interdire cette activité. Il faut dire que les vététistes représentent – avec d’autres catégories de sportifs – 20% des allers-retours du téléphérique du Salève. Un inconvénient pour certains, une chance pour d’autres.
Alors que faire? Un accord avec plusieurs propriétaires a pu être trouvé la semaine passée pour créer un tronçon «moins monotone et moins dangereux». Et puis l’un des points sensibles fait l’objet d’un arrêté remis au goût du jour. Au Pas de l’Echelle, le plus vieux sentier du Salève, datant du XIIIe siècle, un panneau oblige à quitter son vélo sur 200?m. Pas suffisant. Une déviation est à l’étude pour utiliser un tunnel de 130?m de long, emprunté à la fin du XIXe siècle par le premier chemin de fer électrique à crémaillère au monde, révèle en substance Pierre Cusin, président du Syndicat mixte du Salève. Encore faut-il retrouver ses propriétaires et rassembler les 70?000?euros nécessaires aux travaux.
Toutes ces pistes seront-elles suffisantes? L’AGAS prône la création de véritables chemins réservés aux vététistes. Et sur ce point, randonneurs et descendeurs se rejoignent. Le Genevois Emmanuel Antonello, 39?ans, croisés au ralenti dans une descente, acquiesce: «On préférerait une piste pour vététistes, parce que les gens sont des chicanes mobiles.»