Jeune retraitée, Elisabeth Rod-Grangé, revient sur le combat mené par des féministes engagées depuis 1978 à Genève.
Durant dix-neuf ans, cette militante avertie, qui vient de quitter son poste de coordinatrice, a porté la lutte pour la reconnaissance des violences faites aux femmes et l’accompagnement des victimes.
Solidarité Femmes a plus de 30ans, qu’est-ce qui a motivé sa création à Genève?
Dans les années?70 on était dans la mouvance post-68, très militante. Un petit groupe de féministes a mis une ligne téléphonique à disposition des femmes victimes de violences conjugales. Petit à petit à force d’acharnement, le problème a commencé à être admis.
Comment ont-elles réussi à fédérer sur ce sujet tabou?
Ces femmes se sont battues pour sortir des clichés banalisant ces actes, aujourd’hui poursuivis d’office. Par différentes actions, elles ont contré les discours réducteurs et sexistes de l’époque. Rapidement Guy Olivier Segond, qui était à la Ville de Genève a octroyé une subvention de 1000francs et a mis des locaux à disposition.
La structure s’est professionnalisée, pourquoi?
Les femmes qui ont créé l’association étaient à même d’apporter une écoute. Mais la prise en charge des victimes nécessite l’intervention de psychologues et d’assistants sociaux. En trente ans on est passé d’une quinzaine de bénévoles à onze permanents, quatre auxiliaires et un budget de près de un million. Le nombre de prise en charge croît chaque année. En 2008, plus de 450 femmes ont passé la porte. Mais elles ne sont que la pointe de l’iceberg, beaucoup n’osent pas parler de ce qu’elles vivent.
Quelle évolution avez-vous ressenti durant vos années passées à Solidarité Femmes?
Je retiendrai un grand paradoxe. D’un côté une véritable prise de conscience de la société et une augmentation des femmes qui dénoncent. Parallèlement, sur le terrain, rien ne change. Tout le monde dit qu’il faut agir, mais sans réelle intervention. Et, même la loi qui a évolué vers une dénonciation d’office, est peu appliquée.
Quelles sont vos préoccupations pour l’avenir?
Il faut que Solidarité Femmes tienne sa place dans le réseau social. C’est une structure indispensable. Le retour du machisme et du patriarcat chez les jeunes m’inquiète. Je me souviens, devant une classe d’adolescents, une jeune fille a demandé si les contraintes sexuelles imposées par son ami et les menaces de coups, si elle ne s’exécutait pas, pouvaient être considérées comme de la violence. Personne n’a réagi dans l’assemblée. Comme si ce dont elle parlait était «normal».
Avez-vous les moyens d’intervenir auprès des jeunes?
L’association n’a pas les budgets pour agir directement. En revanche, elle offre une formation ciblée aux assistants sociaux, afin que les cas puissent être repérés. En ce qui concerne les mères, on travaille sur la relation mère-enfant. Pour une reprise de confiance dans leur rôle de maman. Car la femme préoccupée par sa propre sécurité manque souvent de disponibilité.
Aujourd’hui vous passez le témoin dans quel état d’esprit?
Celui d’avoir défendu une cause importante, d’avoir vu évoluer certaines choses, mais avec la crainte d’un retour en arrière. J’ai confiance dans le comité, dont Marie Hélène Pierret a repris les rênes. Le combat n’est pas fini. Il faut encourager les femmes à ne jamais minimiser la violence.
? Solidarité Femmes 022 797 10 10, 46, rue de Montchoisy 1207 Genève.