Depuis 1951, la Villa Ambrosetti est la propriété de la Ville, qui souhaite désormais la transformer en crèche et appartements «relais». Jusqu’ici, rien d’extraordinaire. Située au 54, route de Frontenex, aux Eaux-Vives, cette bâtisse est, à ce jour, occupée par quatre locataires pour une surface totale habitable de 1140 m2. Détail? Les prix.
Comme le révélait Le Courrier hier et selon des documents que nous nous sommes également procurés, ces logements sont loués par la Gérance immobilière municipale (GIM) à des montants défiant toute concurrence: 835?francs pour un appartement de sept pièces d’une surface de 182?m2, un huit-pièces à 1850 francs pour la même surface, les deux autres biens étant loués respectivement 2990?francs et 3110?francs pour 157?m2 et 163?m2. En comparaison, le prix d’un appartement de cette taille dans le privé peut être compris entre 2500?francs et 3500?francs, selon Christophe Aumeunier, secrétaire général de la Chambre genevoise immobilière, «voire beaucoup plus, en fonction de la qualité du bien», précise-t-il.
«Il faut les expulser», martèle Alberto Velasco. Le conseiller municipal ne décolère pas: «Qu’on ne vienne pas me dire qu’il est impossible soit d’augmenter ces loyers, soit de se séparer de ces locataires qui ne sont pas à plaindre financièrement.»
Incompréhension
Comment cela est-il possible? Contactée sur ce cas précis, la magistrate socialiste Sandrine Salerno ne souhaite pas commenter l’affaire, rappelant que la Ville et les locataires sont actuellement devant le Tribunal des baux et loyers. L’un d’entre eux, Dominique Jean Ducret, avoue ne pas comprendre son expulsion. «Cela fait soixante?ans que notre famille occupe cette maison, quarante-huit?ans de bail pour mes voisins et les seuls contacts que nous ayons eus avec les services de Mme Salerno se résument à une simple lettre de résiliation», explique-t-il calmement. Le quinquagénaire s’emporte un peu quand il s’agit de rappeler qu’aucune proposition ne lui a été transmise. «Elle n’en a rien à faire, c’est ça, le vrai visage de la gestion sociale de Mme Salerno», conclut-il.
Une irritation que comprend Sylvie Bietenhader, cheffe de service de la GIM. «Ces locataires vivent depuis de nombreuses années dans ces lieux, c’est toujours difficile de partir. Mais comprenez-nous, il s’agit là de réaliser un lieu d’utilité publique, soutenu par l’ensemble du Conseil administratif.» Quant aux critiques sur la façon de procéder, elle rappelle qu’à ce stade de la procédure (ndlr: alors que le congé n’a pas été confirmé par l’autorité judiciaire), il est encore trop tôt pour proposer des solutions de relogement. «C’est une option envisageable», corrige-t-elle.
Pesée d’intérêts
Christian Dandrès, député socialiste et avocat à l’Asloca, confirme: «Cette situation est problématique. Même si ce locataire paie un loyer très modique, il est toujours difficile d’expulser un locataire âgé qui a passé toute sa vie dans un appartement. Mais des solutions existent, comme le bail viager.» En effet, certains propriétaires permettent au locataire de finir ses jours dans ses draps, en échange d’une non reprise du bail par les descendants. «Une solution arrangeante pour tout le monde», estime l’avocat, tout en déplorant que les prix, ensuite, prennent parfois l’ascenseur.
D’autres pistes sont évoquées à la GIM, comme l’échange d’appartements: un transfert entre ceux qui vivent dans un appartement trop grand et ceux qui en occupent un trop petit. Mais pour tous ceux qui n’ont rien à offrir, la mission s’avère impossible. «Aujourd’hui, je n’ai aucun logement à proposer» déclare, un peu dépitée, celle qui dirige la Gérance immobilière.