Les poissons respirent, mais les Services Industriels de Genève (SIG) sont moins contents. La vidange du barrage de Verbois, qui devait se faire à la fin de mai, est reportée à l’année prochaine. Cette opération, ravageuse pour la faune fluviale, devait notamment permettre d’effectuer des travaux sur l’ouvrage.
Le report de ceux-ci fera perdre environ un million de francs aux SIG.
Le retard des préparatifs en France est à l’origine de tout, car lors des vidanges de Verbois, dont le but est d’évacuer le trop-plein de sédiments charriés par l’Arve, la Compagnie nationale du Rhône (CNR) en profite pour vidanger ses propres barrages en aval. Or, l’ampleur des démarches administratives a été sous-estimée: «Depuis les dernières vidanges, au début des années 2000, le contexte juridique français et européen a évolué, en particulier sur les modalités de consultation de la population, des collectivités et des associations environnementales, ainsi que sur l’évaluation des impacts», explique, côté français, le directeur de l’environnement, de l’aménagement et du logement de la région Rhône-Alpes, Philippe Ledenvic. «Nous ne l’avons pas vu tout de suite, mais je suis assez confiant, nous serons prêts dans un an. Si l’Etat avait malgré tout donné les autorisations, il y aurait eu des recours.»
Le Conseil d’Etat genevois a donc décidé d’annuler la vidange. «Comme les travaux préparatoires étaient déjà engagés, cela va nous coûter environ un million de francs, calcule le directeur du pôle énergie des SIG, Pascal Abbet. C’est une perte non négligeable, mais nous essayons d’en réduire l’impact.»
Coupable impréparation?
Le manque de préparation des autorités hexagonales fait cependant jaser: «Cela fait plusieurs années que cette opération est en discussion, mais au dernier moment, ils annoncent qu’ils ne sont pas prêts, s’étonne une source proche du dossier. Du coup, on se demande si le délai d’un an sera suffisant.» Pour ne rien arranger, la CNR et EDF seraient en bisbille, car des installations hydroélectriques auraient été endommagées lors de précédentes vidanges.
«Il y aura des comptes à rendre, commente Christophe Hayoz, président de la Commission cantonale genevoise de pêche. Peut-être qu’à l’avenir, il n’y aura plus de vidanges concertées entre la Suisse et la France.» Les pêcheurs, qui avaient obtenu un moratoire depuis la dernière vidange en 2003, ne s’étaient pas opposés à celle-ci, censée être la dernière (lire ci-contre).
Ce répit d’un an est toutefois le bienvenu: «Nous allons en profiter pour améliorer les mesures prévues afin de préserver un maximum de poissons, en les capturant et en les gardant temporairement dans des étangs latéraux ou des bassins», se réjouit Gottlieb Dändliker, l’inspecteur de la faune et de la pêche à la Direction générale de la nature et du paysage (DGNP) de l’Etat de Genève.
Des effets ravageurs
Depuis sa construction en 1942, le barrage de Verbois a été vidangé vingt fois. L’opération consiste à ouvrir grand les vannes pour vider totalement la retenue d’eau et évacuer les limons, graviers et autres sédiments. Ceux-ci, en s’accumulant dans le lit du Rhône, accroissent les risques de débordements en cas de crues de l’Arve. La vidange, qui fait fortement baisser le niveau du Rhône, a un coût environnemental: de nombreux poissons périssent ou sont emportés par le débit accru du fleuve et il faut ensuite des années pour repeupler celui-ci. «Entre 80% et 90% des poissons de la retenue de Verbois sont perdus», précise l’inspecteur cantonal de la faune, Gottlieb Dändliker. Les castors et les oiseaux qui nidifient sur les rives en pâtissent aussi.
Alors qu’elles se faisaient en moyenne tous les trois ans, les vidanges ont été suspendues depuis 2003, sur requête des associations de pêcheurs. Celle-ci devait être la dernière. Les Services Industriels de Genève devaient modifier le barrage pour permettre une gestion du Rhône sans vidanges, ce qui nécessiterait des aménagements afin de protéger le quartier de la Jonction et La Plaine des inondations en cas de crues de l’Arve. Ce n’est que partie remise.
(ang)