Comment va l’UDC? Au lendemain de sa déculottée historique au Conseil d’Etat, les leaders du parti nationaliste hésitent encore sur les termes: «Un champ de ruines», hasarde le candidat malheureux au Conseil d’Etat, Yves Nidegger; «une forêt ravagée?» propose une huile du parti. Le vice-président Christo Ivanov tranche gaillardement: «Nous sommes dans la m…» Mais comment le parti triomphant des élections nationales de 2007 a-t-il pu subir un tel naufrage?
La réponse est simple. L’UDC a d’abord été victime d’une impitoyable lutte des chefs. Pendant tout l’été, le président du parti, l’avocat Soli Pardo et le candidat au Conseil d’Etat, l’avocat Yves Nidegger, se seraient livrés à une sourde guerre de pouvoir, qui a d’abord neutralisé le parti avant de le faire exploser fin septembre. Entre les deux hommes, dont l’ego et le talent ne sont pas minces, les dagues sont sorties. Yves Nidegger le dit tout net: l’annonce visant la racaille d’Annemasse publiée par Soli Pardo lui a coûté le soutien des milieux économiques. De son côté, le président met en cause la stratégie du candidat et de la majorité du parti: «Nous aurions dû contrer le MCG, mais Nidegger pensait que ce mouvement était mort! Résultat, le MCG a mordu sur le terrain que nous avions délaissé pour nous rapprocher de l’Entente.» Il estime aussi que les protestations d’Yves Nidegger après la publication de «l’annonce annemassienne» auraient donné à son candidat maison «un profil de diviseur»…
Divergences personnelles, divergences sur l’attitude face à l’Entente, divergences tactiques face au MCG, avec lequel Yves Nidegger pensait s’allier en août encore, voici pour les principales erreurs du parti. Conséquence pratique: la paralysie. «Il était impossible d’organiser cet été une réunion avec les deux hommes», se lamente une source interne à l’UDC. Du coup, Yves Nidegger aurait mené la campagne dans son coin. Autre déception, le candidat désigné en juin 2008 aurait dû être omniprésent pendant seize?mois dans l’actualité locale. Il aura été surtout passablement absent.
Absent au Grand Conseil pour commencer, absent à l’interne aussi. «Il avait des idées passionnantes sur l’agglomération, mais il n’en a rien fait, rien présenté au parlement!» regrette un élu. Dimanche, Yves Nidegger admettait d’ailleurs à demi-mot ce reproche en confessant son soulagement de quitter en décembre le Grand Conseil «pour ne plus tout faire à moitié». Enfin, la ligne désincarnée, presque fédérale, de la campagne du parti, a été ringardisée par celle, locale et tonitruante, du MCG. Seule touche de gaîté au tableau: la recommandation de Christoph Blocher de passer une alliance avec le MCG fait au moins l’unanimité contre elle des frères ennemis.
Et maintenant? Début décembre, l’UDC devra désigner un nouveau président. «Nous allons changer de stratégie et désigner une équipe soudée et non plus une seule personne», explique Christo Ivanov. Une équipe à laquelle Yves Nidegger se dit prêt à participer. «L’avantage de nos problèmes, souligne le candidat, c’est qu’une nouvelle génération de membres de l’UDC s’est mobilisée dans les communes pour faire campagne. Nous avons maintenant deux ans pour reconstruire.» Une référence aux futures élections communales. De son côté Soli Pardo assure que l’UDC se remettra des coups reçus: «Nous allons continuer à nous implanter lentement, mais sûrement dans les communes», prédit-il.