GenèveSociété

«Un vaccin inactivé ne peut pas provoquer d’infection»

Par ANNE-MURIEL BROUET le 25.03.2010 à 00:00

La pandémie de grippe A (H1N1) est terminée. Quel bilan peut-on tirer de la vaccination?

«Le vaccin H1N1 m’a déclenché une sclérose en plaques.» Une infirmière du CHUV a de fortes présomptions sur le lien entre la piqûre qu’elle a reçue le 17 novembre 2009 pour la protéger contre la grippe A (H1N1) et la sclérose en plaques dont elle souffre depuis le début du mois de décembre (voir nos éditions du 16 mars dernier). Un vaccin, préparé avec un virus inactivé, comme celui contre la grippe A (H1N1), peut-il être responsable d’une maladie chronique issue d’une déviance du système immunitaire comme la sclérose en plaques? «Aucune étude n’a mis en évidence un lien de cause à effet entre la sclérose en plaques et le vaccin contre la grippe A (H1N1)», rassure la professeur Claire-Anne Siegrist, experte reconnue en vaccinologie et professeur aux Hôpitaux universitaires de Genève.

Aucune corrélation

Autre raison d’exclure, dans le cas présent, un lien de cause à effet entre le vaccin et la maladie: le délai «trop court» entre l’injection et la déclaration de la maladie. «La sclérose en plaques est une maladie qui se prépare silencieusement pendant des semaines et des mois avant de devenir symptomatique», rappelle Claire-Anne Siegrist.

Enfin, la pharmacovigilance européenne (surveillance et enregistrement des effets secondaires des vaccins au niveau européen) n’a pas constaté, suite à la vaccination de 36 millions de personnes sur le continent, d’augmentation des cas de sclérose en plaques. Au total, selon l’Agence européenne des médicaments (EMA), seuls 4 cas ont été signalés depuis le début de la campagne de vaccination jusqu’à ce jour. Ce chiffre est même inférieur au nombre de cas déclarés en période normale, hors des campagnes de vaccination. De ce fait, l’EMA conclut qu’il n’y a aucune suspicion que la vaccination contre le nouveau virus augmente le risque de sclérose en plaques ou provoque une aggravation des symptômes chez les personnes qui en souffrent.

«En revanche, rappelle le médecin, on sait que chez les personnes ayant une prédisposition génétique, une infection virale peut provoquer une poussée de sclérose en plaques. Le vaccin contre la grippe est du reste recommandé pour les personnes qui souffrent d’une maladie auto-immune afin d’éviter des complications.»


«Des effets secondaires bien anticipés par les études cliniques»

La suspicion d’un lien entre vaccin et maladie ne date pas d’hier. Questions directes à Claire-Anne Siegrist.

Un vaccin qui stimule le système immunitaire ne peut-il pas causer son dérèglement?
Le vaccin contre la grippe A est à base d’un virus tué et ne provoque pas du tout la même réponse immunitaire. L’activation est infiniment plus faible que lors d’une attaque du virus lui-même. Lors d’une infection par le virus, c’est tout le corps qui se met à réagir. Tandis que lors d’un vaccin, ce ne sont que les ganglions proches du lieu d’injection qui se mobilisent.

N’a-t-on pas répertorié des cas de syndrome de Guillain-Barré, une autre maladie auto-immune, après la vaccination?
Hors période de vaccination, l’incidence dans la population générale de ce syndrome est de 1 à 1,8 pour 100?000 personnes par an. Pour une période de six semaines suivant une vaccination, on pouvait donc s’attendre à enregistrer entre 49 et 80 nouveaux cas. L’Agence européenne des médicaments (EMA) en a recensé 49, soit un chiffre dans la norme. Dans notre société, environ 5% de la population adulte souffrent de problèmes d’auto-immunité. Il y a forcément des gens chez qui la maladie se déclenche juste avant ou juste après la vaccination. Ce qui ne signifie en rien qu’il y ait un lien.

Suite aux effets secondaires constatés, auriez-vous fait d’autres recommandations concernant cette vaccination?
Les effets secondaires et les exemples de complications graves ont été exactement les même que lors des études cliniques précédant la mise sur le marché du vaccin. Rien ne nous indique que nous aurions dû faire d’autres recommandations.
(amb)


Une surveillance en trois étapes

Les effets secondaires d’un nouveau vaccin sont traqués.

La pharmacovigilance. Après l’introduction d’un nouveau vaccin, déjà testé lors des essais cliniques avant sa mise sur le marché, il est essentiel de surveiller la population afin de voir si le produit pourrait avoir des effets inattendus. C’est ainsi que Swissmedic enregistre tous les cas qu’on lui signale – 524 pour la grippe A (H1N1) selon le dernier rapport. Cela ne signifie pas qu’il y ait un lien de cause à effet établi. Swissmedic transmet ensuite les cas d’effets secondaires annoncés à l’Organisation mondiale de la santé, qui centralise toutes les données des autorités de surveillance des autres pays. Le but est de pouvoir comparer les données épidémiologiques en l’absence de vaccination et lors de la vaccination. Pour des maladies comme la sclérose en plaques, on dispose de données épidémiologiques du nombre de nouveaux cas pour 100?000 habitants par an. Il est ensuite possible de comparer le nombre de cas «attendus» au nombre de cas réellement observés.

Les cas individuels. Dans un deuxième temps, Swissmedic et les centres de pharmacovigilance vont étudier les cas individuels déclarés pour voir s’il existe un lien possible, plausible, probable, improbable ou exclu entre la vaccination et la maladie développée. Ce travail se fait sur une base individuelle. Dans le cas de l’infirmière, le lien n’est pas plausible étant donné le trop court délai entre le vaccin et le déclenchement de la maladie.

Les études prospectives. Enfin, la troisième étape consiste à faire des études prospectives en fonction des points sensibles identifiés. Ainsi, les Hôpitaux universitaires de Genève ont suivi les effets de la vaccination contre la grippe A (H1N1) sur près de 1000?personnes à risque (souffrant de cancers, de maladies auto-immunes, du VIH ou qui ont été transplantées) pour voir si le vaccin était dangereux pour une catégorie spécifique de la population. «Les analyses précises sont en cours, mais à ce jour, nous n’avons observé aucune aggravation des maladies de nos patients, que nous avons pu protéger par la vaccination», souligne Claire-Anne Siegrist.
AMB

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