Une tomate sur cinq passe directement de l’étalage à la poubelle. C’est le lot de presque tous les fruits et légumes: en trois jours environ, bactéries et moisissures les condamnent au rebut.
La situation pourrait changer grâce à un procédé découvert par une équipe franco-suisse. Les premiers essais montrent qu’une petite séance d’UV couplée d’une douchette à l’ozone suffit à doubler la durée de vie des tomates ou des abricots, au marché comme au supermarché.
«Les bactéries et les champignons qui se trouvent à l’état naturel en surface du fruit ou du légume sont responsables de son pourrissement», explique Jorge Cors, physicien au Pôle national de recherche MaNEP, à Genève. Aujourd’hui, différentes techniques de décontamination, telles que l’irradiation ou les produits chlorés (interdits en Suisse), donnent des résultats plus ou moins satisfaisants. Et laissent souvent des résidus indésirables sur le produit.
La méthode mise au point par les cinq partenaires régionaux, dans le cadre du programme Interreg?IIIA, consiste à combiner les effets des rayons UV, excellents destructeurs de moisissure, et ceux de l’ozone, connu pour être un agent puissant aseptisant. «C’est vraiment l’association des deux qui garantit un balayage très large», insiste Jorge Cors, qui a travaillé sur les capteurs pour la mesure de l’ozone.
Efficace oui, mais est-ce dangereux? «Les UV n’agissent qu’en surface, sans atteindre les qualités nutritives du produit, précise le scientifique. En outre, ils ne laissent aucune trace. Ces rayons ont aussi la capacité de détruire l’ozone, un gaz instable qui a une courte durée de vie dans l’air. Dans le cas présent, il est utilisé dissous dans l’eau.»
Le consommateur pourrait aussi y gagner. Hormis une conservation plus longue, les fruits et légumes devraient être meilleurs: «Le producteur va oser amener son produit à un état de mûrissement plus avancé», souligne le physicien. Il estime que le processus, qui ne nécessite que de l’électricité pour fonctionner, pourrait aussi réduire l’utilisation des pesticides.
Il a fallu deux ans pour que cette collaboration interdisciplinaire, qui comprend la Haute Ecole spécialisée de Suisse occidentale à Sion, mette au point le prototype. Il se trouve au Laboratoire de recherche en génie alimentaire à Bourg-en-Bresse et va maintenant être utilisé par des industriels intéressés par le procédé. «En principe, il est valable pour tous les fruits et légumes, mais il faut encore réaliser les essais», conclut Jorge Cors.