En 2009, l’Université fêtera ses 450 ans. Elle rêve de célébrer cet anniversaire en s’offrant une loi adaptée aux exigences de l’époque. L’actuelle, se plaint le rectorat, est désuète et castratrice. Tous les partis siégeant au Grand Conseil ont approuvé la loi soumise au peuple le 30 novembre. Le projet concocté par l’ex-conseillère fédérale socialiste Ruth Dreifuss et la commission qu’elle présidait s’est révélé assez rassembleur pour convaincre droite et gauche parlementaires. Le parlement, mais pas A gauche toute!, les syndicats genevois et le syndicat étudiant, la CUAE.
Ces organisations attaquent via un référendum un texte qui, il est vrai, n’a rien d’un toilettage. Il propose une réelle refonte de l’alma mater. Le rectorat voit ses pouvoirs et sa marge de manœuvre très renforcés. Son autonomie par rapport au politique est étendue d’autant. L’Université dispose aujourd’hui d’un pilote? Si la loi passe, c’est un véritable général et son état-major qui occuperont le 2e étage d’Uni Dufour.
Scénario catastrophe
L’évolution déplaît à la gauche radicale et aux syndicats, chantres de la démocratie participative et rétifs à la centralisation de l’autorité. Un alinéa du projet de loi a renforcé cette posture prévisible. «L’Université recherche activement des sources de financement complémentaires, publics, institutionnels et privés.»
S’échafaude alors un scénario catastrophe: l’institution cherche de plus en plus de fonds privés et drague le monde économique; celui-ci, mu par la recherche du profit, pousse l’Université à favoriser la recherche «rentable»; le rectorat, qui a désormais les mains libres, concentre l’enseignement sur des matières rémunératrices, réduisant les sciences humaines, par exemple, à peau de chagrin. Et voilà comment, dans l’esprit des référendaires, l’Université se retrouve «marchandisée» et privée de son indépendance scientifique.
Les fonds privés déjà là
A ce sombre tableau s’oppose l’avis du rectorat et des élus, qui dénoncent un fantasme. Ils affirment que rien dans la loi actuelle n’interdit une dérive telle que décrite par les référendaires. Les fonds privés? L’Université y a déjà recours. Les pôles de compétences? Ils ont déjà cours. Les réorganisations des enseignements? Possibles, moyennant un accord du Conseil d’Etat, mais simplement fastidieuses. Les hausses de taxes? Déjà possibles et soumises, le cas échéant, au référendum populaire. En revanche, plaident-ils, l’Université de Genève a besoin d’avoir les coudées franches pour gagner en réactivité et rester dans le jeu d’un monde de l’éducation supérieure de plus en plus concurrentiel.
Analogie sportive
La caractéristique principale de la nouvelle loi est d’offrir un vrai pouvoir opérationnel au rectorat. Si elle est adoptée, l’Université aura la haute main sur l’organisation de ses enseignements et les engagements de professeurs. Elle devrait ainsi pouvoir déployer bien plus rapidement qu’aujourd’hui tel ou tel pan de son activité ou conclure des accords avec d’autres institutions. Bref, si l’on accepte de comparer l’alma mater à une équipe de football, la nouvelle loi permettra au recteur-entraîneur d’effectuer des changements en cours de match sans en référer au Conseil d’Etat-président du club. Ce dernier se contentera de fixer les objectifs et l’enveloppe financière sans plus s’introduire dans le vestiaire.
Le poids de la base
Le recteur Jean-Dominique Vassalli résume ainsi la situation: «La nouvelle loi propose plus d’autonomie de gestion, mais dans un cadre défini de façon plus précise.» Et de citer la convention d’objectifs, bien sûr, mais aussi le nouveau Conseil d’orientation stratégique, ainsi que celui d’éthique et de déontologie.
Quant au poids de la nouvelle Assemblée de l’Université, remplaçant l’actuel Conseil, alors que les opposants reprochent vertement qu’elle ne soit que consultative dans la majorité des cas, ses tenants soulignent qu’elle nommera le recteur: «Il s’agit du pouvoir le plus important, celui qui forge l’avenir de l’Université», estime Roger Mayou, président du Conseil de l’Université. Et de juger, d’accord avec Jean-Dominique Vassalli, qu’un rectorat qui se piquerait d’ignorer un lourd refus de l’Assemblée serait suicidaire: «Mener à bien une réforme contre l’avis de la maison est impossible.»
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