L’Université de Genève veut engager au moins 30% de femmes professeures par année dès fin 2011, un objectif fixé avec le Conseil d’Etat. Si onze femmes et 30 hommes ont été nommés professeurs en 2007-2008, elles n’étaient plus que deux sur 21 l’année suivante.
Le creux de 2008-2009 a incité le rectorat à tirer la sonnette d’alarme. Au premier semestre 2010, 25% de femmes ont été nommées professeures, selon Anik de Ribaupierre, vice-rectrice et professeure de psychologie différentielle. «Il faut voir sur la durée. Les pourcentages varient fortement avec des chiffres aussi bas», précise-t-elle.
«La progression n’est jamais linéaire en matière d’égalité», rappelle de son côté Brigitte Mantilleri, adjointe du rectorat et déléguée à l’égalité des chances. L’Université de Genève, qui compte 61% d’étudiantes, a pourtant toujours été progressiste dans ce domaine. Des programmes ont été créés pour encourager les femmes à se lancer dans une carrière académique.
Rappeler l’implicite
Mais les blocages perdurent. «Au niveau des mentalités, autant du côté des femmes que des hommes», analyse Brigitte Mantilleri. Un avis partagé par Anik de Ribaupierre, qui estime que la barrière invisible, le fameux «plafond de verre», se situe à 20% de femmes nommées chaque année. «L’objectif de 30% est un peu trop ambitieux, mais il nous force à être plus actifs», relève-t-elle.
Parmi les mesures mises en place figure, depuis 2001, la délégation du rectorat aux questions féminines, un organe unique en Suisse et «très efficace», selon Mme de Ribaupierre. Lors d’une nomination, un des cinq professeurs qui la composent - trois femmes et deux hommes de différentes facultés - siège dans la commission en tant que garant de l’égalité.
«Il y a beaucoup d’implicite dans une nomination, note la vice- rectrice. Par exemple, les réseaux fonctionnent beaucoup, or ils sont davantage masculins que féminins. Et les femmes font peur, on le voit dans les stéréotypes: alors qu’on parlera d’un homme dynamique, on dira d’une femme qu’elle est agressive.»
Carrière difficile
Mais les efforts doivent aussi être soutenus en amont. S’il y a, selon les facultés, autant de femmes que d’hommes doctorants, il est difficile d’obtenir au stade final de la sélection 30% de candidates à un poste de professeur, constate Anik de Ribaupierre.
«Il y a une forte déperdition de femmes après le doctorat. Elles doivent bouger à un âge où elles envisagent d’avoir des enfants, analyse la professeure. Le post-doctorat de madame à l’étranger peut aussi poser problème dans le couple. Sans oublier qu’une carrière académique est difficile et exigeante, avec des congrès, des publications. Il faut une quinzaine d’années avant d’être professeur.»
Reconnaissance des compétences
Une des solutions envisagées consisterait à proposer la nomination de candidats «juniors», hommes ou femmes, une procédure qui pourrait faciliter les candidates prometteuses. «Mais les professeures sont les plus sévères par rapport à la discrimination positive, nuance Mme de Ribaupierre. Elles ne veulent pas devoir leur nomination au fait d’être une femme mais à leurs compétences.»
Afin d’envisager d’autres pistes, une étude qui vient de démarrer devra déterminer quels dossiers de candidature à un poste de professeur n’ont pas été retenus. Pour la vice-rectrice, il n’est pas sûr que le niveau des profils masculins et féminins écartés soit comparable.