«Une bagarre, c’est une question de secondes», déclare le prévenu. Dans une demeure familiale de la banlieue d’Annemasse, le 16 mai 2007, tout a basculé en peu de temps. Face à la Cour d’assises de Haute-Savoie, c’est un petit homme frêle qui décrit la scène. Cet Annemassien de 42 ans est accusé d’avoir tué son épouse, une Thaïlandaise, escort girl à Genève.
Ce soir-là, après avoir dîné chez ses parents, à qui il laisse ses deux enfants, de 3 et 6 ans, il rentre chez lui. Il retrouve sa femme qui lui annonce qu’elle est enceinte d’un autre et qu’elle le quitte. «De toute façon, aurait-elle ajouté, toi et les enfants, je ne vous ai jamais aimés.»
Un véritable «coup de poignard» pour l’accusé. «Puis, elle m’a giflé. Cela a été comme une allumette», poursuit-il. Il réplique par un coup de poing. Une fois sa femme au sol, la violence se déchaîne. «Tout s’est passé très vite. Elle est morte dans mes bras», souffle le prévenu.
Jetée dans un lac
Face au corps inerte de son épouse, il reste interdit. «J’ai pensé que si la police venait, ils allaient me prendre mes enfants, les placer dans une famille d’accueil», précise-t-il. Sa décision est donc prise. Il enveloppe le corps dans un sac de couchage et va le jeter dans un étang lesté d’un poids. «Quinze kilos, je croyais que c’était suffisant.»
Quinze jours plus tard, pourtant, des promeneurs découvrent le sac flottant à la surface de l’étang de Mouille-Marin à Menthonnex-en-Bornes. Les soupçons se fixent alors sur le mari. L’enquête révèle peu à peu la complexité de la relation entre les époux. La rencontre remonte à 1998, dans un bar branché de Genève, où la jeune femme était serveuse. Quelques mois plus tard, l’amoureux naïf découvre par hasard que sa bien-aimée se prostitue aux Pâquis. Cette dernière promet que ce travail n’est que temporaire. Mais, une fois le mariage célébré et le premier enfant né, soit en 2003, elle reprend son activité d’escort girl. «Elle ne me cachait rien, explique l’accusé. Pour elle, c’était un travail banal.» Et d’ajouter: «J’ai tout supporté. Je ne voulais pas qu’elle s’en aille.»
Et les témoins défilant à la barre de renforcer l’impression que le prévenu était en fait victime de cette épouse autoritaire, égoïste, capable d’accès de violence, de crises d’hystérie. Alors que l’accusé est lui décrit comme un travailleur «sérieux, sobre, honnête», un «papa poule», voire un homme «sans défaut».
A tel point qu’on ne sait plus très bien si c’est le procès de l’épouse ou du mari auquel on assiste. «Elle n’était peut-être pas aussi noire qu’on veut bien le dire», lâche tout de même l’avocat général, Serge Billet, rappelant que la victime, elle, n’est plus là pour se défendre.
Le procès se termine aujourd’hui. L’accusé risque trent ans de réclusion.