A l’heure où l’industrie du tourisme traverse des moments difficiles, le marché de l’échange de logement, lui, cartonne.
Malgré la crise, les adeptes n’ont jamais été aussi nombreux. Le concept miracle? On repère un appartement ou une maison à l’étranger et on demande à son propriétaire s’il est d’accord de le troquer contre le sien, le temps des vacances. Le contact se fait par Internet et la transaction se finalise par SMS ou par téléphone. Le reste est une affaire d’état d’esprit. Tout est ici question de «feeling».
Cet été, Florence et Michel Gönczy ont décidé de franchir le pas. Pour la première fois, le couple va tester en famille le système, grâce au site www.homelink.ch. «On est excité comme si c’était la dixième fois», relève Michel Gönczy.
Leur destination: les Bahamas. «Durant deux semaines, nous allons habiter chez un couple d’Américains retraités», se réjouit Florence Gönczy, en montrant la photo de la maison. Sur le site Web, la splendide demeure, adossée à un magnifique lagon turquoise, semble disposer de quatre chambres spacieuses. «Nos hôtes nous ont garanti que leur propriété bénéficiait d’une plage privée, au beau milieu d’une palmeraie», insiste la mère de trois adolescents.
Economies substantielles
Mais avant de se lancer, il faut faire connaissance. «Quelques courriels suivis de SMS ont suffi dans notre cas», précisent les vacanciers d’un nouveau genre. Tout est question d’état d’esprit. «La clé du concept, c’est la confiance, martèle la famille, décontractée. Mais certains de nos amis trouvent que notre démarche est bizarre, voire complètement folle.»
Selon le couple Gönczy, il y a plus simple que de se faire passer pour un touriste en se cachant derrière une annonce en ligne pour cambrioler une maison. «De plus, la notion d’intimité est personnelle à chacun, estime le patriarche. Que quelqu’un d’autre dorme dans mon lit ou fouille mes tiroirs de sous-vêtements, cela ne me dérange pas.»
En cas d’accident, le site www.homelink.ch ne prend aucune responsabilité. Mais si l’ombre d’un soupçon plane sur l’honnêteté d’un membre, ce dernier est aussitôt exclu du club.
Les craintes sont systématiquement compensées par un avantage de poids. Le système est idéal pour équilibrer son budget vacances. «Avec plusieurs enfants, rien que les billets d’avion, c’est plusieurs milliers de francs. Le troc de maison permet au moins d’économiser le prix de l’hôtel. En plus, vous voyagez plus léger car vous trouvez déjà tout sur place, comme des jouets pour les enfants…»
Moyennant un accord préalable, les animaux domestiques, eux aussi, profitent du troc. «C’est un gros avantage de ce système, s’enthousiasment les propriétaires. Durant notre absence, nos convives ont accepté de prendre soin de nos chats.»
Toutes ces raisons font que le troc de logement connaît une évolution anticyclique, malgré la crise. Mais il ne faut pas pour autant négliger les inconvénients du système.
Dans la peau de l’habitant
Au sommet de la liste des bémols: la propreté. Là aussi, tout est question de référence. «Chez nous en particulier, les critères de salubrité sont très élevés. Il nous arrive de recevoir des plaintes, mais elles se comptent sur les doigts de la main», explique Marie Loye, responsable du site pour la Suisse, avant de préciser que pour éviter toute mauvaise surprise, il faut poser un maximum de questions, en se basant sur des photos intérieures et extérieures du lieu d’échange.
Pour que tout roule, mieux vaut s’y prendre à l’avance. Les bons plans sont vite pris d’assaut. «Ce qui est déterminant, ce sont les dates de vacances, souligne Michel Gönczy. Il faut savoir être flexible si l’on veut absolument partir à un endroit précis.»
Idéal pour visiter les villes
Selon lui, la formule d’échange est surtout adaptée pour le tourisme urbain. «Si notre expérience se passe bien, on remettra ça à Pâques», conclut le vacancier.
Pour Chantal et Patrick, l’échange de logement est devenu une tradition. «C’est la troisième fois que nous prenons des vacances avec ce système», confie la Genevoise. Elle et son époux habitent un cinq-pièces, dans un immeuble au centre-ville.
«En 2006, nous nous sommes rendus en Angleterre, dans une superbe maison de campagne, raconte la jeune mère de famille. Les propriétaires nous avaient laissé leur voiture, l’accès à leur cave à vin et avaient acheté deux vélos pour que nous puissions visiter la région.» De son côté, le couple de Genevois avait compilé un guide touristique maison, comprenant tous les bons plans du canton.
Avant de partir en vacances, ils ont pensé à remplir leur frigo à ras bord. L’important étant que chacun puisse se sentir comme chez lui.