Il lui restait trois mois à accomplir avant sa retraite. Mais Antoni Mayer, directeur général de Télégenève, plus connu sous le nom de sa marque Naxoo, a été licencié hier matin avec effet immédiat. Le patron du téléréseau genevois, également directeur de la TV Léman Bleu, subit les conséquences de sa condamnation, en juin, à 120 jours-amende avec sursis, à 380?francs le jour, pour violation de la loi sur les étrangers, suite à une affaire de travail au noir.
Entre 2005 et 2007, Télégenève a engagé des étudiants pour diverses tâches administratives. Parmi ces employés, une dizaine d’extra-Européens ont travaillé sans permis valable. «Ils ont commencé à travailler avant que leur demande soit acceptée, mais ils ont tous reçu leur permis par la suite, assure Antoni Mayer. Il n’y a eu aucun dumping salarial, tout le monde était payé selon la CCT.»
Selon l’ex-directeur, l’erreur a été commise par les ressources humaines de Naxoo. «Je me suis assuré auprès de la responsable RH que les permis étaient en règle. Elle m’a dit que oui. Je n’ai pas commis la faute moi-même, mais en tant que directeur, j’ai choisi de l’assumer.»
«Rupture de confiance»
Agé de 61?ans, Antoni Mayer devait quitter Naxoo le 31 décembre. Pourquoi le conseil d’administration ne l’a-t-il pas laissé terminer son mandat? «Il y a eu rupture du lien de confiance», explique Michel Mattacchini, son président. Les administrateurs ont été choqués de ne découvrir toute l’affaire que la semaine dernière. Antoni Mayer ne les a avertis ni de l’ouverture d’une enquête par l’inspection du travail (OCIRT) en 2008 ni de sa condamnation en juin dernier. «Je croyais en avoir parlé à Michel Mattacchini fin juin, se justifie Antoni Mayer. Mais il était en vacances à ce moment-là. J’ai fait une erreur.»
De plus, l’Etat a condamné Télégenève à un an d’exclusion des marchés publics et des subventions. Autrement dit, cette entreprise publique, appartenant à 51% à la Ville et à 49% à Cablecom, figurera sur la liste des sociétés condamnées pour travail au noir. Un «préjudice d’image» que la Ville de Genève dénonçait hier vigoureusement dans un communiqué.
La Ville va plus loin: également actionnaire de Léman Bleu, elle demande que le conseil d’administration de la chaîne «statue sur la poursuite des rapports de travail avec son directeur». Le poste d’Antoni Mayer à la tête de Léman Bleu sera-t-il menacé à son tour? «Ce sont deux choses distinctes, répond l’intéressé. J’ai fait une erreur chez Naxoo et j’en ai payé le prix. Léman Bleu n’a rien à voir là-dedans.»