libéral-radical

Traquer les gros? L’idée libérale-radicale choque

Par LAURENCE BÉZAGUET ET SOPHIE DAVARIS le 22.12.2009 à 00:02

Baisser les primes maladie de ceux qui vivent sainement suscite un tollé. Chez les libéraux, on assume sans détour cette «prévention sanitaire».

Le Parti libéral-radical (PLR) suisse veut que les gens qui fument, boivent ou mangent trop paient plus cher leur assurance maladie (nos éditions d’hier). Cet appel à «l’autoresponsabilisation», signifiant l’abandon du principe de solidarité, est fortement contesté.

«Scandalisé», Pierre-François Unger, patron de la Santé à Genève, réagit: «Si on pousse l’affaire jusqu’au bout, alors les malades doivent payer et les bien-portants peuvent s’en dispenser. Notre système d’assurances sociales a un mérite principal: celui d’instaurer une solidarité entre jeunes et vieux, entre malades et bien-portants et entre hommes et femmes.»

Pour le magistrat démocrate-chrétien, l’idée libérale-radicale ne fait qu’exprimer sous une nouvelle forme «ce vieux fantasme qui voudrait établir une liste de prestations auxquelles tout le monde aurait droit, et une autre liste de prestations réservées à quelques-uns.» Et d’asséner: «Que ces gens aient le courage de dire qu’ils veulent la fin de la LAMal.»

Au niveau médical, «récompenser ceux qui vivent sainement», comme le préconise le PLR, résonne comme une hérésie aux yeux des praticiens. Tout d’abord parce que la complexité des pathologies et la multiplicité de leurs causes ne permettent pas de désigner le patient comme «coupable» et seul responsable de son état.

Les problèmes de surcharge pondérale en fournissent un exemple. «Des facteurs génétiques rendent certaines personnes plus susceptibles de devenir obèses, relève Pierre-Alain Schneider, président de l’Association des médecins de Genève. C’est la même chose pour l’alcoolisme. Les gens ne sont pas toujours responsables de leur état. Même lorsqu’ils ont un comportement délétère, cela échappe souvent à leur volonté. Arrêter de fumer, par exemple, est diabolique. Ce qu’il faudrait, c’est convaincre de ne jamais commencer! Certains facteurs environnementaux, comme la «malbouffe» dans notre société, jouent leur rôle. Si on veut punir les obèses ou les fumeurs, alors attaquons les fast-foods et l’industrie du tabac!»
«Or, ironise le représentant des médecins, on a eu toutes les peines du monde à interdire la fumée dans les lieux publics. Sont-ce ceux qui étaient opposés à cette mesure qui veulent maintenant punir les fumeurs?»

Et faire espionner les gens pour s’assurer qu’ils ne reprennent pas du foie gras… est-ce vraiment là une attitude bien libérale? «La méthode libérale consiste à refuser les rationnements de soins et la caisse unique. Elle vise à augmenter la transparence, la concurrence et le sens des responsabilités», explique Pierre Weiss. Le vice-président du PLR suisse et député genevois se déclare lui-même favorable au projet qui divise: «On ne s’attaque pas aux obèses, on veut favoriser le suivi thérapeutique en matière d’obésité!» Et de tempérer: «L’assurance de base reste une option possible, on propose juste d’ajouter une autre option pour favoriser la prévention sanitaire. En luttant contre tous les excès, qu’ils soient de boisson, de tabagisme ou de nourriture… dont le foie gras.»

Or, la corrélation entre une vie saine et une bonne santé n’est pas toujours directe. Selon les statistiques, la sédentarité tuerait ainsi davantage que l’alcool et le tabac. «Mieux vaut parfois être un gros qui bouge qu’un maigre inactif», avertit la diététicienne Sophie Bucher Della Torre, responsable d’un nouveau programme qui veut prévenir l’excès de poids chez le jeune enfant (lire ci-dessous).


Prévenir l’excès de poids chez l’enfant

Le projet de récompenser ceux qui vivent sainement ne fait pas l’unanimité. De loin pas même! Mais les professionnels de la santé souhaitent toutefois favoriser de bonnes habitudes alimentaires et le mouvement.

Un nouveau programme éducatif visant à prévenir l’apparition de surpoids chez de jeunes enfants va ainsi démarrer, dès le 13 janvier.

«En Suisse, 17% des garçons et 19% des filles de 6 à 12?ans sont en surpoids et 4% sont obèses. Rien qu’à Genève, l’obésité touche 6000 enfants», rappelle Sophie Bucher Della Torre, diététicienne responsable de ce projet innovant. «On observe que les habitudes alimentaires et physiques se prennent tôt. Il faut donc agir le plus vite possible pour éviter des complications pour la santé future.»

Soutenu par le Département de l’économie et de la santé, «Croque&bouge» ambitionne de promouvoir les principes d’une nourriture équilibrée auprès des parents, en discutant avec eux des difficultés rencontrées, ainsi que d’éveiller la curiosité gustative de l’enfant, développer ses sens et lui donner envie de bouger. «Le tout en partageant un moment agréable», ajoute la diététicienne de la Haute Ecole de santé (HES).

Deux séries de trois ateliers, destinés à des mômes de 3-4?ans et à leurs familles se dérouleront dans cette HES, les mercredis matin, la première série en janvier, la ­seconde en février.

Découverte des aliments par le jeu, développement du goût, réalisation de recettes de saison rapides et activités en mouvement au programme. «Il faut goûter un aliment entre dix et quinze fois pour l’apprécier. Impliquer l’enfant à la confection du repas et prendre le temps de partager celui-ci en famille à la cuisine dans une atmosphère agréable peut vraiment aider à prendre de bonnes habitudes alimentaires», conclut Sophie Bucher Della Torre.

(lb)

Les ateliers sont gratuits, l’inscription obligatoire. Internet: sophie.bucher@hesge.chou tel: 078?841?77?14

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