«Quand une chose comme ça vous arrive, vous êtes totalement démunie, lâche Sandra. J’avais envie de pleurer. Puis j’ai eu de la haine.» Cette Genevoise, mère de famille, est Noire.
Par deux fois, à la mi-juin et le 9 juillet, elle s’est fait traiter de négresse, et à plusieurs reprises, par les responsables de la poste de Châtelaine. Le quartier où elle est née et où elle habite. Choquée, elle a déposé une plainte jeudi passé.
«Me faire traiter comme ça, ça m’est déjà arrivé, dit-elle. Mais dans une poste, un service public, je n’en revenais pas. En plus, mes jumeaux âgés de 10?mois, qui étaient avec moi la première fois, sont métis. Mon garçon est même blanc de peau, comme son papa. Parfois, on me prend pour leur baby-sitter», rigole-t-elle.
Mais là, Sandra n’a pas envie de rire. «Je ne mettrai plus les pieds dans cette poste jusqu’à ce que cette affaire soit terminée. Je ne comprends pas pourquoi le postier et sa femme ont éclaté comme ça, mais je trouve ça grave. Et ils ne se sont même pas excusés.»
Que s’est-il passé au juste? «En juin, je me trouvais dans la poste avec mes deux enfants, raconte Sandra. La petite s’est mise à pleurer. Alors le postier, derrière un guichet, à gauche, m’a lancé: «Il n’y a pas de lolette pour les nègres, vous les nègres ne pouvez pas en donner à vos enfants?» Puis une postière, sa femme m’a-t-on dit, a continué: «Vous n’arrivez pas à la calmer, alors foutez le camp de la poste, avec les nègres c’est toujours la même chose.» Je suis partie, un peu ébranlée.» Le 9 juillet, elle attend l’ouverture de la poste, sur le trottoir, quand le couple de postiers arrive. «Le monsieur m’a alors dit: Foutez le camp, sale négresse, on ne veut pas de nègre ni d’enfants nègres dans la poste. Puis: Sortez du trottoir, sale négresse, si vous rentrez dans la poste, je vous renvoie dans les champs de coton.» J’ai failli m’énerver, quelqu’un m’a retenue. Des gens m’ont donné leur numéro de téléphone, se disant prêts à témoigner.»
Le père des jumeaux de Sandra a lui aussi réagi: «C’est une honte! Ces gens travaillent dans un service public, qu’ils changent de boulot s’ils ne supportent pas les Noirs.»
Pour Me Eve Delaloye, avocate de Sandra, «il s’agit d’un cas de discrimination raciale, article 261bis du Code pénal, qui prévoit en outre la non-interdiction d’accès au service public». Le contrevenant risque trois ans, au plus, ou une peine pécuniaire.
Enquête à la Poste
Qu’en dit la Poste? Contactés par le biais de son service de presse, les buralistes n’ont pas souhaité s’exprimer. «Selon notre service juridique, c’est la première fois qu’il y a un dépôt de plainte pour un cas semblable, explique Nathalie Salamin, porte-parole de la Poste. Il est évident que de tels propos sont inacceptables. A l’interne, la gestion de la diversité est importante. Nous avons des collaborateurs venant de tous horizons, ce qui fait aussi la richesse de nos équipes. Une sorte d’enquête interne sera ouverte, mais nous attendrons de connaître les faits et les décisions de justice pour prendre d’éventuelles mesures.»
Sandra, elle, ne souhaite qu’une chose: «Dénoncer ce genre de propos. Je ne demande rien pour moi, mais je ne veux pas que mes enfants grandissent dans ce climat-là.»