Au dernier moment, Dieudonné a donc franchi le pas. Hier, par le biais de son avocat Me Jacques Barillon, il a déposé en mains du procureur général une plainte pénale contre Pascal Bernheim. La polémique est née lorsque ce dernier a traité le Français de «nègre». Selon Me?Jacques Barillon, «il ne fait aucun doute que les propos tenus par M. Bernheim lors de l’émission de la TSR Tard pour bar du 27 novembre 2008 constituent des injures». Les qualifications de diffamation et de discrimination raciale ont également été retenues par le plaignant, à l’encontre de l’animateur de la Radio suisse romande (RSR).
Plainte administrative encore possible
Pour l’humoriste et son défenseur, qui n’étaient pas parvenus à trouver une entente avec la Télévision suisse romande (TSR) malgré une médiation le 11 février, Pascal Bernheim a «intentionnellement» injurié le premier. «Retenir une absence d’intention reviendrait à assurer l’impunité à tout auteur d’une injure qui, après l’avoir proférée, plaiderait que son intention n’était pas d’injurier la victime.» Pascal Bernheim s’était par la suite excusé sur Internet, qualifiant ses propos de «blague à deux balles».
Ces regrets n’ont pas convaincu Dieudonné, constitué hier partie civile. Lors de son passage à Genève il y a quinze jours, l’humoriste, lui-même controversé pour ses remarques antisémites, se disait «heurté par les communautaristes qui ne voient le monde qu’à travers le prisme de leur communauté».
Il appartient désormais à la justice pénale de trancher cette affaire. Mais Me Jacques Barillon ne semble se faire aucun souci, martelant que «le délit est avoué». Il se base également sur la définition raciste et injurieuse que donne Le Nouveau Littré du terme «nègre». Quant à l’intention de l’ex-auteur de la Revue ce soir-là, l’avocat la perçoit au moins sous la forme du dol éventuel. Comprenez que Pascal Bernheim aurait délibérément pris le risque d’offenser Dieudonné, sans pour autant vouloir que le résultat dommageable se produise.
Dieudonné a par ailleurs décidé de ne pas diriger sa plainte contre le producteur de Tard pour bar, Michel Zendali. Un choix censé traduire la distinction qu’il fait entre l’attitude de la chaîne et le préjudice de Pascal Bernheim, injoignable hier. Toujours est-il que, sur un plan administratif, l’Autorité indépendante d’examen des plaintes en matière de radio-télévision pourrait être saisie. «Les parties disposent de 30 jours suivant l’avis écrit du médiateur pour se prononcer», explique Patrice Aubry, avocat de la TSR. L’affaire est encore loin d’être close.