Les libéraux remettent ça. Deux semaines après avoir distribué des milliers de tracts dans la rue pour mettre en garde la population contre les joueurs de bonneteau, les militants du parti ont diffusé hier entre 12?h et 14?h des flyers intitulés «Attention arnaque».
«Ce n’est pas une critique faite à la police, et encore moins à notre ministre en charge des forces de l’ordre, Isabel Rochat, insiste Alexandre de Senarclens. Nous sommes complémentaires dans cette démarche de sensibilisation.» Depuis l’essor de ce jeu de rue ce printemps, chacun y va de son tract. Ainsi du côté de la Ville, le radical Pierre Maudet a mis en garde les hôteliers. A l’Etat, la libérale Isabel Rochat a fait de même en distribuant, la semaine dernière, 30?000 feuillets, notamment à divers commerces et aux organisations internationales.
Côté prévention, chacun y va donc de son couplet. Pour la répression, on se presse moins au portillon. En effet, la police elle-même admet la complexité de la tâche. Pourquoi? «Nous intervenons, notamment dans le cadre de l’opération Figaro, en harcelant les joueurs. Quand ils voient une patrouille, ils déguerpissent. Mais ils sont très mobiles.» Si la police choisit d’intervenir avec des inspecteurs en civil, cela nécessite une demi-journée d’observation afind’interpeller ensuite les prévenus pris en flagrant délit. Mais les moyens à mettre en œuvre sont importants au vu du délit: «Les protagonistes sont parfois au nombre de six (rabatteurs, guetteurs, faux joueurs) autour du joueur. Il faudrait qu’on intervienne à vingt agents pour arrêter toutes ces personnes la main dans le sac. Il faut ensuite saisir tout l’argent et enregistrer les plaintes.» Dans la réalité, il y a très peu de dénonciations et les policiers retrouvent rarement l’argent qui est très souvent récupéré par des ramasseurs ou immédiatement investi dans des achats de luxe (montres, parfums).
«La police ne peut pas être partout»
Du point de vue pénal, le bonneteau pose un problème. Il est très difficile de démontrer que les victimes ont été l’objet de contrainte et d’escroquerie. «Si on prouve qu’il n’y a jamais eu de boule sous les boîtes, on pourrait déterminer qu’il s’agit d’une arnaque. Mais si on retrouve la boule, le discours change. Le plus souvent on peut simplement punir ces personnes pour infractions à la Loi fédérale sur les maisons de jeu. Et c’est contraventionnel», relève la police. Cela conduit la plupart du temps à une amende d’environ 100?francs ainsi qu’à la confiscation de gains, d’un tapis, de trois boîtes et d’une petite boule…
Il y aurait aujourd’hui quelques dizaines de joueurs de bonneteau actifs à Genève. Des hommes de 25 à 50?ans venus des pays de l’Est.«On hésite à remplir davantage Champ-Dollon pour des délits qui vont souvent se solder par une contravention ou une sanction avec sursis, explique une source judiciaire. Le travail de prévention et de harcèlement me paraît plus efficace.» Vérification faite sur le terrain hier à midi devant la fontaine du Molard: les libéraux avaient à peine commencé la distribution de tracts que les joueurs de bonneteau s’en allaient déjà en direction des quais.
Mais Alexandre de Senarclens ne se laisse pas démonter. «Ce que nous cherchons avant tout, c’est une réaction citoyenne! Informer, c’est le nerf de la guerre. La police ne peut pas être partout.»