Les Fêtes de Genève, c’est quoi? Pas seulement un feu d’artifice somptueux, de la musique gratuite, des manèges ou de la barbe à papa… Ce serait trop réducteur. Le plus gros raout populaire de Suisse, c’est avant tout une période fondamentale en termes de volume touristique pour la cité. Traduction: les mois de juillet et d’août riment avec cagnotte.
Les touristes moyen-orientaux y sont traditionnellement pour beaucoup. Selon Suisse Tourisme, chaque année depuis 2005, on constate une croissance des nuitées à 2 chiffres pour les touristes en provenance de cette région (sauf en 2009, en raison de la grippe A, des incertitudes économiques et du ramadan, qui tombait à cheval sur les mois d’août et de septembre). Cette catégorie de visiteurs est majoritairement hébergée dans des hôtels 5 et 4 étoiles (85% des nuitées en 2009). Juillet et août sont par conséquent des mois décisifs pour cette clientèle. Ce sont aussi eux qui dépensent le plus lors de leur séjour (500?francs par jour et par personne, au lieu de 200?francs). Il s’agit du 5e marché étranger le plus important pour Genève (voir infographie ci-contre).
Les soldes cartonnent
Qu’observe-t-on sur le terrain? L’époque où les hôtels genevois étaient remplis à 80% de riches et dispendieuses familles saoudiennes semble bel et bien révolue. «De nos jours, les touristes du Moyen-Orient font aussi les soldes!» constatent de nombreux commerçants de la rue du Rhône. Certains responsables de magasin évoquent aussi des achats plus réfléchis et une clientèle hésitante. «Avant, les acquisitions compulsives étaient légion. Aujourd’hui, on nous réclame beaucoup de réductions, chose dont nous n’avions pas l’habitude.»
Autre constat: le temps de séjour des touristes du Golfe s’est réduit. Selon Anna Mak Soto, assistante manager de la boutique Mont-Blanc, face à l’horloge fleurie, les clients orientaux restent nettement moins longtemps. Les ventes s’en ressentent. «Il y a quelques années, on ne pouvait pas
passer dans le secteur en cette période.»
Les hôteliers genevois notent aussi une différence. «Ils négocient beaucoup plus qu’auparavant», nous apprend Jacques Favre. Selon le directeur de
l’Hôtel d’Angleterre, les familles princières du Moyen-Orient ne sont plus qu’une minorité. Elles sont remplacées par la classe moyenne supérieure, qui resterait moins longtemps et dépenserait moins. «Une démocratisation du tourisme», résume Paul Muller, président de la Société des hôteliers de Genève.
«En 2011, on verra»
Les professionnels de l’hébergement ne s’en plaignent pas. Le mois de juillet fut satisfaisant pour leurs affaires. Exemple: 15% de hausse pour Manotel. Est-ce suffisant pour compenser un mois d’août compromis par le ramadan? Cela semble difficile. «Si nous remplissons nos hôtels à 60%, nous serons déjà très contents», souligne celui qui préside aussi le groupe Manotel.
Une visite autour de la rade confirme la situation. Côté Rive droite, le niqab et l’hijab se repèrent de très loin. Les parures sont plus visibles que les tapis de bonneteau. La majorité des forains remarque une baisse du nombre de clients du Golfe, d’année en année. En revanche, les escrocs aux boîtes d’allumettes pullulent. Deux jeunes Emiriennes en ont fait les frais mardi soir.
«Il y a plus de voleurs chez vous», résume Farhad en saisissant la main de son épouse. La Cité de Calvin fait traditionnellement partie de son circuit estival. Reviendra-t-il aux Fêtes une 6e?fois en 2011? «Non, à cause du ramadan.» La famille saoudienne de 7 personnes envisage de bouder Genève tout l’été prochain. Côté Rive gauche, le problème semble tenir au seul mois d’août. «Nous repartons le 10, juste avant le début du jeûne, explique Shaker Al Majed.
L’année prochaine, on verra.» Son budget pour son séjour de 11 jours? «C’est top secret!» conclut le Bahreïnien.