Les tests grandeur nature ont débuté. Une rame TGV équipée d’écrans de contrôle et autres outils sophistiqués sillonne les 65?kilomètres de la ligne du Haut-Bugey afin de s’assurer que tout sera prêt pour le jour J. Le 12?décembre, ce tronçon ferroviaire entièrement réhabilité sera mis en service. A partir de cette date, le meilleur temps pour rejoindre Genève depuis Paris sera de 3?h?05 contre 3?h?22 actuellement. En attendant le vrai TGV, la rame-test multiplie les allers-retours entre Bellegarde et Bourg-en-Bresse, s’engouffrant dans les tunnels, franchissant les 41 passages à niveaux, longeant les lacs de Sylans et Nantua. A son bord, les ingénieurs et techniciens de Réseau ferré de France (RFF) admirent aussi bien le paysage que les prouesses techniques de leur bébé. Sur l’écran de contrôle, on peut lire 120?km/h, soit la vitesse maximale qu’atteindra le TGV sur cet axe sinueux. Et ce sur 5?kilomètres seulement. Sur le reste du parcours, la vitesse moyenne sera de 90?km/h. «Ce n’est pas une ligne à grande vitesse mais une ligne conçue pour pouvoir accueillir des TGV», précise Jean-Damien Bierre, chef de mission RFF. Cependant, même à cette vitesse, en évitant le détour par Culoz et Ambérieu, le tronçon permettra aux voyageurs de gagner un gros quart d’heure sur le trajet Genève-Paris. «De plus, on passera à neuf allers-retours par jour contre sept aujourd’hui, commente Alain Barbey, directeur général de TGV Lyria, l’exploitant de la ligne franco-suisse. Les fréquences seront mieux réparties dans la journée et l’horaire sera cadencé.» Seulement voilà: l’objectif affiché des trois heures n’est pas atteint, notamment parce que tous les TGV auront au moins un arrêt à Bellegarde. De quoi en fâcher certains pour qui ces précieuses minutes s’avèrent surtout très onéreuses. «On nous avait promis trois?heures, s’indigne Jean-Bernard Lemoine, président de l’AGCFUT (Association Genevois Chablais Faucigny des usagers des transports). Est-ce que cela en valait vraiment la peine? D’autant qu’easyJet fait le trajet en quarante-cinq minutes.» Alain Barbey préfère positiver: «Certes, on aurait aimé passer en dessous des trois?heures, d’autant qu’il s’agit d’une barrière symbolique à partir de laquelle on devient particulièrement compétitif par rapport à l’aérien. Mais chaque minute gagnée reste importante.» Du côté de la Confédération, qui a investi 110?millions d’euros dans les travaux de réhabilitation, on ne désespère pas de passer un jour sous la barre des trois heures. Une étude d’optimisation cherche des solutions afin de grappiller quelques minutes «Cette ligne-là permettait de gagner un temps important, soit une vingtaine de minutes, avec un investissement minimal», répète Jean-Damien Bierre, rappelant que s’il avait fallu créer de toutes pièces une ligne TGV plutôt que de repartir de l’existante, cela n’aurait pas été 341?millions d’euros qu’il aurait fallu investir, mais plusieurs milliards