Patricia Breitenstein n’en revient pas. «Je voyage partout en Suisse et je n’ai vécu cela qu’à Genève», témoigne la quadragénaire snobée par des taxis en enfilade sur l’esplanade de Cornavin. Les faits remontent à vendredi. De retour de Morges, la Genevoise commande une voiture pour rentrer chez elle depuis la gare. Il est 23?heures.
«J’ai expliqué que j’avais un chien d’assistance et qu’il me fallait un break», précise-t-elle. Par respect pour les clients suivants, la jeune femme place toujours son animal dans le hayon arrière des véhicules. «La standardiste qui a enregistré ma commande m’a dit de me présenter à la première voiture de la colonne.»
Ce que Patricia a fait. «Sur la dizaine de véhicules, il y avait 4 breaks. Tous ont refusé de me prendre», fulmine la Genevoise, qui décide de faire appel à la police des CFF. L’uniforme n’y a rien fait. «Je n’ai pu rentrer chez moi que grâce à l’amabilité d’un chauffeur qui passait dans le coin pour déposer un client.» Que disent les taxis? «Il s’agit peut-être d’un malentendu entre la centrale et cette cliente, estime Pierre Jenni, chauffeur et président de Taxiphone.
D’habitude, on n’envoie pas de véhicule dans les stations. Neuf fois sur dix, le client part avec un autre taxi avant son arrivée.» La réceptionniste a donc lancé un appel général. Ce qui prend plus de temps et exclut l’obtention par le client du No de plaques du taxi. Comment faire en cas d’urgence? «Il faut s’éloigner d’une cinquantaine de mètres de la station, appeler en indiquant la rue… et le tour est joué!» conseille Pierre Jenni.
Chien de taille XXL
Ce qui n’explique toujours pas pourquoi les chauffeurs présents ont refusé de prendre la Genevoise et sa chienne de 5?ans, Bagou, qui portait un gilet estampillé «chien d’assistance». «C’est le premier bouvier bernois à être formé à Genève, explique la quadragénaire, à qui il a fallu l’amputer d’un bras suite à une grave maladie. Elle m’aide à porter mes médicaments…»
On peut comprendre les réticences de certains taxis en raison de la taille de l’animal. Pourtant, la loi est on ne peut plus claire. Les chauffeurs doivent transporter gratuitement les chiens d’aveugles – ceux d’assistance aussi – et les appareils à destination des handicapés (art. 47, al. 2 du règlement d’exécution de la loi sur les taxis). «Que ce soit un déambulateur, une chaise roulante, un chien d’aveugle ou d’assistance, les taxis doivent les prendre en charge avec leurs propriétaires», résume Nicolas Bongard, attaché de direction à la Direction générale des affaires économiques.
Les chauffeurs voient les choses d’un autre œil. «En général, on ne refuse pas un chien d’aveugle, explique Pierre Jenni. Mais la loi ne dit rien sur l’obligation d’accepter ces animaux dressés. Elle ne parle que de gratuité en cas de prise en charge.» On peut supposer qu’un propriétaire de Mercedes neuve avec intérieur cuir a peur pour son outil de travail s’il doit composer avec un animal de taille XXL, même dressé. Toutefois, il est prévu que le client paie les dégâts occasionnés par son animal.
«Je n’a jamais eu à traiter ce type de plainte dans ma carrière, mais la loi stipule qu’un taxi ne peut pas refuser un chien d’aveugles ou d'assistance», conclut Metin Türker, chef du secteur autorisations au Service du commerce.