«Ce n’est pas un syndicat, c’est une organisation discriminatoire. Nous nous élevons contre le fait de faire des frontaliers des boucs émissaires et contre cet organisme croupion du Mouvement citoyens genevois», clame Hervé Pichelin.
L’objet de la colère du vice-président de la Communauté genevoise d’action syndicale (CGAS) n’est autre que le syndicat de défense des employés genevois (SEGE), créé le 25 juin dernier. Réunis hier en conférence de presse, les syndicalistes genevois ainsi que le Groupement transfrontalier européen ont tenu à s’insurger contre l’émergence de ce «soi-disant syndicat».
Avatar du parti populiste, le SEGE se définit lui-même comme le «seul syndicat qui ose dénoncer la mainmise frontalière». Afin de délivrer son message, Eric Stauffer a tenté en vain de s’immiscer dans la conférence de ses opposants. Selon lui, les employés résidents genevois seraient «discriminés au profit des frontaliers». A l’image de l’histoire personnelle de la secrétaire générale du SEGE, Dominique Rolle «Je travaillais dans une entreprise d’imprimerie et j’ai été licenciée après avoir exprimé mes sympathies pour le MCG. J’ai été remplacée par un frontalier qui est mieux payé que je ne l’étais.»
Le tous-ménages du MCG poursuit sur cette voie: «Avec l’ouverture des frontières, les frontaliers ont obtenu des postes à responsabilité, critiquent la Suisse, et sont arrogants. Leur sport favori: licencier les Genevois pour les remplacer par leurs compatriotes.»
Création pas interdite
Des propos qui heurtent les syndicalistes genevois, leurs homologues français de la CGT et de la CFDT ainsi que le Groupement transfrontalier. «Le contenu même de cette organisation s’oppose à notre vision, à notre définition du syndicat», s’insurge Hervé Pichelin. Et d’affirmer: «Un syndicat doit être indépendant des partis et mouvements religieux, indépendant vis-à-vis des employeurs; il doit avoir la capacité de contracter des conventions collectives et surtout il doit défendre tous les travailleurs sans faire de discrimination.»
S’il qualifie le but du SEGE d’illicite, rien dans la loi n’interdit la création de ce syndicat. Seul son caractère discriminatoire pourrait être litigieux sur le plan juridique. «A la différence du MCG, nous respectons la démocratie; si Eric Stauffer a envie de créer un syndicat qu’il le fasse, poursuit Hervé Pichelin. Mais notre responsabilité consiste à dire à ceux qui veulent le croire qu’ils prennent un risque.»
Assurant qu’elle a déjà reçu 70 demandes d’adhésion, Dominique Rolle ne doute pas du succès de son syndicat auprès des employés résidents genevois. Et ce quelle que soit leur nationalité. A l’inverse, un Suisse installé en France voisine ne pourra bénéficier du soutien du SEGE. Et ce même si au dire d’Eric Stauffer, «ce n’est pas un frontalier».