Interview

Stéphane Hessel vient s’indigner à Genève

Par Laurence Bézaguet le 03.12.2011 à 00:00

Devenu «rock star» à 94?ans, le moteur de l’indignation mondiale soutient le peuple palestinien.

Qu’est-ce qui motive votre venue à Genève?
Le problème de la Palestine; la jeunesse palestinienne a été terriblement maltraitée au cours des 44 dernières années et il est grand temps que les membres de la communauté internationale exercent les pressions nécessaires sur le gouvernement israélien pour que ça change.
Un discours qui vous vaut d’être accusé d’antisémitisme…

Cette accusation est d’autant plus ridicule que je suis un ami d’Israël, que j’ai applaudi en 1948 à la création d’un Etat pour les juifs. Et que je sais que cet Etat ne pourra avoir la paix qu’il mérite que lorsqu’il aura souscrit aux obligations qui lui sont faites par le droit international. C’est-à-dire accepter que le peuple palestinien puisse disposer d’un Etat souverain  dans les frontières qui lui ont été internationalement reconnues.


Comment expliquez-vous le succès d’«Indignez-vous»? Trente petites pages qui ont fait de vous une star…

Mais oui, bien malgré moi car ce n’est pas une situation que j’aime. J’ai vécu une vie modeste de haut fonctionnaire précautionneux. Et voilà que tout d’un coup je deviens une sorte de rock star.

Pourquoi?
La situation politique, économique, écologique suscite partout de graves craintes. Et les jeunes n’ont pas l’impression qu’ils peuvent faire confiance à ceux qui les dirigent. Ni aux forces économiques et financières qui font fonctionner une économie mondiale en perte de vitesse, déséquilibrée et mal gérée; ni aux gouvernements. Tantôt parce qu’ils sont autoritaires comme en Tunisie, en Egypte, en Libye, en Syrie. Tantôt parce qu’ils sont certes démocratiques comme en Espagne et en Grèce, mais incapables de résister aux forces du marché qui empêchent de faire face aux besoins des peuples. C’est dans ce climat d’incertitude et d’angoisse que mon petit livre, traduit dans plus de 35 langues, est tombé dans un moment particulièrement accueillant à l’idée d’indignation.

Votre indignation est devenue un signe de ralliement dans le monde entier. Pas trop de responsabilité pour vous?
Une grosse responsabilité et je m’en acquitte seulement en disant à ceux qui me lisent: attention! Regardez les pages où j’en appelle à la non-violence et où je démontre que les changements les plus importants dans l’histoire sont intervenus par la non-violence. Je pense plus particulièrement à Gandhi, Luther King, Gorbatchev, Havel, Mandela.

Un avocat de la place a qualifié les Indignés des Bastions d’«esthétiquement offensants». Qu’en dites-vous?
(Rires). Je dis que ceux qui s’indignent en Grèce, à Zurich, à Genève, à Madrid, au Caire, chacun a des objectifs particuliers à défendre. Il peut les défendre avec calme, et je suis content. Ou avec violence… Là, je dis que ce n’est pas de ma faute et que ça donne de moins bons résultats. Une violence à laquelle une autre violence va s’opposer (ndlr: celle de l’Etat), eh bien ça va faire des dégâts. En aucun cas susciter des progrès.

On n’en est pas encore là à Genève…
Heureusement, mais les Indignés doivent faire un pas en avant. Qu’ils définissent un objectif qu’ils veulent poursuivre. Par exemple, développer une économie sociale et solidaire sans profit; se consacrer à la recherche d’énergies renouvelables ou à la reforestation des régions désertiques. Bref, se choisir un but concret et précis dans lequel ils puissent s’engager. Et non pas seulement prôner la revendication générale.


N’est-ce pas là le message de votre second petit livre «Engagez-vous»?

Oui! Et aussi du troisième que j’ai rédigé en collaboration avec Edgar Morin (ndlr: philosophe et sociologue français) et que nous avons appelé «Le chemin de l’espérance»…

Mais d’où vous vient cette suractivité?
Il se trouve que le succès d’«Indignez-vous» a amené des amis à poursuivre la recherche de solutions avec moi!


 

Rencontre avec Stéphane Hessel, invité par l’Association Enfants de Gaza, lundi à 19?heures à Uni Mail (salle R 380). Entrée: 20?fr., en faveur de «La Voix De l’Enfant», représentée par Carole Bouquet.

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