A combien se montent les dettes du président du MCG? La Tribune de Genève s’efforce d’obtenir ce renseignement depuis des semaines. Une information d’autant plus intéressante que l’élu, deux fois candidat au Conseil d’Etat et président du troisième parti du canton, s’est contenté courant octobre de déclarer, comme le permet la loi, qu’il avait plus de 50?000?francs de dettes; un peu sommaire pour celui qui prône la transparence, puisque, selon l’extrait des Poursuites et faillites que la Tribune de Genève a pu se procurer, les dettes d’Eric Stauffer dépassent nettement les 200?000?francs.
Comment expliquer cette situation? Joint vendredi, le patron du MCG se retranche derrière un «no comment» diplomatique et sec. Bizarre pour un homme qui n’a jamais dissimulé ses difficultés financières, qui en font, a-t-il souvent répété, «un Genevois comme les autres». Une brève analyse de son dossier semble effectivement illustrer un cas classique du surendettement.
Car on trouve de tout dans ce document. Les poursuites pour des assurances maladie et frais médicaux impayés représentent environ 50?000?francs. Mais on recense encore des poursuites de la Confédération et du canton, sans plus de détails, pour plus de 15?000?francs. A cela s’ajoutent des poursuites d’entreprises de crédits et de recouvrement, pour une trentaine de milliers de francs, ainsi que d’étonnantes factures pour des biens de consommation pour plus de 100?000?francs, par exemple des achats dans un commerce d’appareils de photo, dans une compagnie aérienne ou dans une entreprise de loisirs.
Une liste à la Prévert
Tiré début novembre du système informatique archaïque des OPF, qui remonte à 1985, le document en notre possession détaille plusieurs poursuites lancées contre le député et plusieurs dizaines d’actes de défaut de biens. Les écritures s’échelonnent entre 1991 et 2009. Le texte se présente sous la forme d’un document standard. Mais en fait, il n’est accessible qu’aux créanciers ayant actionné des poursuites ou aux personnes «ayant rendu leur intérêt vraisemblable à connaître» la situation. Ce n’est donc pas un document public.
Encore des incertitudes
S’il ne nous est pas possible de publier le montant exact des poursuites lancées contre Eric Stauffer, ni leur nature, c’est pour plusieurs raisons. Premièrement, la somme des poursuites «actives» varie chaque jour en fonction des intérêts qui lui sont ajoutés.
Deuxièmement, bien qu’extrait en novembre, le montant en notre possession n’est pas à jour! En effet, vu la vétusté du système informatique des OPF, d’autres procédures peuvent fort bien ne pas avoir encore été ajoutées au listing principal. C’est ce que nous avons constaté en relevant l’absence d’une poursuite de 1876?francs introduite contre le député par un ancien responsable de la Fondation de valorisation…
Troisième incertitude, Eric Stauffer lui-même a pu rembourser directement une partie des sommes dues à ses créanciers sans que ceux-ci n’aient informé l’Office des poursuites.
Enfin, certaines poursuites pouvant être réactivées par les créanciers au fur et à mesure que le temps passe, il n’est pas exclu, même si c’est peu probable, que la somme totale en notre possession comptabilise plusieurs fois la même créance.