Fin de partie. Le stade des Charmilles vit ses dernières heures. Sa démolition a commencé, ou plutôt de ce qu’il en reste. Mardi à midi, un engin à chenilles s’est juché sur la tribune nord dans un équilibre précaire. Au bout de son bras articulé, une énorme pince sectionne les pièces métalliques de la charpente. Le toit de la tribune s’affale, les pièces déchiquetées s’entassent dans d’horribles grincements. Avec elles, les dernières couleurs grenat du stade disparaissent.
«Ça fait un moment que ça traîne, non?» demande un vieil imprimeur qui passe devant les guichets dévastés. Il a joué chez les juniors du Servette, il en a été supporter et, aujourd’hui, il ne semble guère regretter l’éradication des ruines. «Si c’est pour faire du logement, tant mieux.»
Neuf ans après le dernier match, la mue du quartier peut enfin commencer. Une grosse opération qui durera près de trois ans et transformera entièrement cet ancien secteur qui mêlait sport et industries et qui appartient encore en bonne partie au banquier Bénédict Hentsch.
De Pic-Pic aux lofts
Le premier chantier a démarré dans l’ancienne usine Pic-Pic, qui fut la seule entreprise suisse à fabriquer de A à Z des voitures, il y a un siècle. Les ateliers se trouvent le long de la voie ferrée. Ils seront transformés en une vingtaine de lofts, auxquels s’ajouteront une douzaine d’appartements créés dans la surélévation. «La moitié de ces appartements ont déjà été vendus», annonce Benoît Genecand, chef du projet. Dans la suite des ateliers, une barre offrira encore septante appartements, qui seront là encore vendus en propriété par étages (PPE).
Pour trouver du locatif, il faudra compter sur le bâtiment qui s’érigera le long du chemin des Sports, à la place de la tribune principale du stade. La coopérative SCHG va construire 96 appartements subventionnés.
Un studio pour mémé
La coopérative inaugure un nouveau concept, le «logement à mixité intégrée». L’appartement dispose d’une chambre, avec ses propres sanitaires, qui peut être entièrement séparée. L’idée consiste à s’adapter aux nouvelles familles. Ce studio autonome peut servir au fils qui a grandi ou à la grand-mère qu’il faut accueillir. On peut aussi y installer son bureau de comptable ou de masseur. Une trentaine de ces appartements proposeront cette solution novatrice. Inutile toutefois de s’inscrire auprès de la coopérative, qui ne prend pour l’heure plus d’inscriptions pour l’ensemble de son parc. Cet immeuble comprendra encore une quarantaine d’appartements en PPE. Au total, l’opération devrait fournir près de 250 appartements. Ils seront livrés à la mi-2014.
Enfin, un grand parc public sera aménagé sur les lieux occupés auparavant par le stade. Une fois terminé, il sera remis à la Ville de Genève, qui en assurera l’exploitation. «C’est une bonne idée, car les espaces verts manquent dans le quartier», se réjouit le vieil imprimeur et footballeur, avant de partir chez son pédicure.