VIOLENCES

Sécurité: Genève appelle Berne à payer sa part

Par Marc Moulin le 17.08.2011 à 00:00

La Confédération n’aide pas suffisamment le Canton à résoudre ses problèmes d’insécurité: c’est l’avis de certains élus genevois, après le coup de semonce de Micheline Calmy-Rey.

C’est un éternel recommencement. A la faveur d’un fait divers frappant, le débat sur la sécurité reprend le devant de la scène à Genève. L’agression d’un jeune Américain, fils de fonctionnaires internationaux, a suscité une circulaire interne de l’ONU et la réaction de la présidente de la Confédération, Micheline Calmy-Rey, patronne de la diplomatie suisse. Assiste-t-on là à une ingérence bernoise, même si elle provient d’une ancienne ministre socialiste genevoise? En majorité, le sérail politique cantonal ne juge pas l’intervention déplacée.

Tout au plus suscite-t-elle l’ironie du MCG Mauro Poggia: «Elle n’aurait peut-être pas réagi ainsi si Laurent Moutinot (ndlr: socialiste aussi) était encore en charge de la Police, sourit le député. Le problème de la sécurité est connu de longue date à Genève. Mais il faut que cela sorte du microcosme local pour qu’on en tienne compte!» Du même parti que Micheline Calmy-Rey, René Longet n’est pas des plus enthousiastes face à son intervention: «Il est vrai qu’il y a à Genève des personnes agressives, en particulier la nuit. Mais il est faux de donner de Genève l’image d’un lieu dangereux, tempère le président cantonal du PS. Même si le niveau de tranquillité exceptionnel qu’a connu Genève est en train de changer.»

Cahier de doléances

Mais plusieurs élus jugent le message positif: «J’y vois un appui, pas une disqualification, commente la PDC Anne-Marie von Arx Vernon. Il faut entre Berne et Genève un soutien mutuel et une étroite coopération pour être crédibles face aux milieux internationaux.» On voit même une dimension salutaire dans la mise en garde: «Alors que le franc fort fragilise la présence onusienne, on ne doit pas y ajouter une difficulté de plus avec l’insécurité», commente le Vert Christian Bavarel. «Elle devait intervenir face à une situation catastrophique, renchérit l’UDC Céline Amaudruz. Le socialiste Moutinot n’était pas à la hauteur, mais la libérale Isabel Rochat ne l’est pas plus!»

Pour le libéral Olivier Jornot, la présidente est dans son rôle, avec un bémol: «La Confédération, qui a signé les accords de siège avec les organisations, doit s’assurer que le Canton, responsable de l’ordre public, garantisse l’attractivité de la place internationale. Mais Berne doit aussi faire sa part!» A ce niveau, le coup de tocsin bernois agace.

Car sur le thème sécuritaire, le cahier de doléances genevois envers la Confédération n’est pas mince, selon Olivier Jornot. Le chef de groupe libéral évoque les coupes que Berne a effectuées dans les effectifs de gardes-frontière, aux missions toujours plus sécuritaires, y compris à l’intérieur du territoire. Il y a aussi la garde des missions diplomatiques reprise par les forces genevoises qui en ont ainsi déchargé l’armée; l’énergie consacrée plus globalement par la police cantonale à la place internationale, au détriment d’autres tâches; sans compter les accords de réadmission, dont la carence avec certains pays est imputable aux divers conseillers fédéraux chargés du dossier.

Céline Amaudruz insiste sur l’effet frontalier: «Si ce n’était pas un problème de frontière, on verrait la même hausse de la criminalité dans tous les cantons, mais ce n’est pas le cas», argue la présidente de l’UDC genevoise, notant l’importance de la population carcérale étrangère. Mauro Poggia ajoute dans la balance la nouvelle procédure pénale, harmonisée au niveau fédéral, qui selon lui «nuit à l’efficacité policière, ce dont plusieurs cantons se plaignent». Et le député MCG de poursuivre: «Berne ne doit pas seulement intervenir pour admonester, mais aussi pour donner des moyens.»

Tous pour une police renforcée

Notant que «la criminalité de rue qui pourrit la vie des gens est surtout locale», Mauro Poggia n’est pas persuadé des vertus d’un renforcement des effectifs douaniers, même si cela peut constituer un appui à la police cantonale. Christian Bavarel n’en est pas certain non plus. Il plaide surtout pour une révision des flux financiers nationaux: «Dans la péréquation intercantonale, on oublie de tenir compte des frais que Genève assume comme canton frontière et comme place internationale, avance l’écologiste. Or, ce dernier rôle rapporte à toute la Suisse.»

Face à l’insécurité, la classe politique soutient à l’unisson une hausse des effectifs de police. Pour René Longet, il faut aussi réorienter l’exécution des peines, pour la petite délinquance, vers le travail d’intérêt général, plutôt que de miser sur des jours-amendes peu dissuasifs. Christian Bavarel juge que la répression doit s’accompagner d’une réponse sociale: «Se sentant exclus de la croissance, certains jeunes perdent l’espoir de satisfaire leurs besoins économiques par le travail.»

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