Les banderoles sont encore là et clament toujours «Pas de prostitution dans notre immeuble!» A la rue des Charmilles, les tensions entre les habitants et le salon de massage le QG (voir nos éditions précédentes), sont loin d’être apaisées. Les prostituées de cet établissement, lasses des insultes, ont récemment déposé une plainte contre X pour discrimination et nuisances au commerce. Quant à la régie de l’immeuble, elle soutient la copropriété et a entamé des procédures judiciaires contre le propriétaire du local abritant le salon. Ce dernier a jusqu’au 31 juillet pour mettre à la porte son locataire.
Sinon, une procédure d’exclusion à son encontre sera lancée, le contraignant à vendre.
Vandaliser pour protester
La cohabitation des cent salons de massage genevois avec les habitants des immeubles qui les hébergent peut générer un climat de tension, même si, selon la police, les cas nécessitant l’intervention des forces de l’ordre sont rares. Lorsque M. A. a installé le Gclub à la rue Malatrex il y a trois ans et demi, il a dû affronter l’hostilité des habitants. L’un, féroce opposant, jetait même des projectiles remplis de marc et d’eau contre la porte du salon. Lors de l’ouverture d’un deuxième établissement au boulevard du Pont-d’Arve, c’est une pétition qui a accueilli le nouveau venu. «C’était la manière des voisins de réagir face à l’inconnu, suppose M. A. Je suis donc allé leur parler pour présenter le concept haut de gamme du salon. Et expliquer que nos clients ne sont pas des pédophiles qui vont violer des enfants dans l’ascenseur mais plutôt des pères de famille qui viennent entre midi et 14?h, ou après le boulot, pour retrouver des sensations qu’ils n’ont plus à la maison.»
Une logique d’installation
Aujourd’hui, le patron du Gclub affirme que le climat s’est apaisé. Température prise dans son immeuble: questionnés au hasard, quatre habitants affirment que la cohabitation se passe bien. «Je m’attendais à pire, avoue l’un d’eux. Mais finalement, les clients se font discrets et les filles sont toujours bien habillées.» Une voisine renchérit: «S’il n’y a rien à redire, c’est parce que l’établissement est d’un certain standing.»
Le secret d’une cohabitation pacifique pour M. A.? «D’abord, occuper des locaux commerciaux et non pas locatifs, pour être dans la légalité.» Car pour changer l’affectation d’un appartement en local commercial, il faut l’autorisation préalable du Département des constructions, et trouver un local commercial qui sera réaffecté en appartement. Un système compensatoire difficile à mettre en place rapidement. Ensuite, il faut une logique d’installation. «Je conseille d’éviter de s’installer au milieu, voire tout en haut d’un immeuble. Le Gclub par exemple occupe tout le deuxième étage d’un immeuble – encore faut-il en avoir les moyens – et il n’y a que des locaux commerciaux au premier étage. Enfin, il faut rester discrets et éviter les enseignes voyantes. Pour vivre heureux, vivons cachés!»
Interdits d’immeubles chics
Du côté des régies, celles interrogées nient avoir beaucoup de locataires de ce type. Quant à la régie de l’immeuble qui héberge le Gclub, elle vante une excellente cohabitation.
Mais accepter un tel locataire, n’est-ce pas prendre un risque? Réponse de la régie: «C’est vrai qu’il y a eu des cas dans d’autres régies où les locataires ont obtenu des baisses de loyer. Dans l’immeuble de Malatrex, il y a des studios et des petits appartements, avec des loyers plutôt bas. On ne prendrait pas le risque de mettre un salon de massage dans un immeuble de haut standing à Champel où il y a des cinq ou six-pièces et des loyers à 3000 fr. par exemple.»