Un exemple à suivre, celui des M17? «Oui et plutôt deux fois qu’une. Imaginez la performance: battre l’Allemagne, le Brésil, décrocher la victoire au Nigeria», Potter, 17?ans, élève du Collège de Staël, s’enthousiasme. Il faut dire que le jeune homme est de la partie. Il joue dans la team Genève-Servette-Carouge, catégorie junior de moins de 18?ans. En clair, le vivier du Servette FC.
Le cœur de la Suisse avait déjà battu lorsque la formation M17 de 2002 avait raflé la mise européenne. Mais la prouesse internationale de la jeune Helvétie footballistique donne une nouvelle impulsion aux fans clubs officiels ou improvisés. «C’est un exemple, une motivation, la preuve irréfutable que lorsqu’on lutte pour obtenir quelque chose, on réussit un tour de force», ainsi parle David, 16?ans, collégien et amateur éclairé de ballon rond.
L’exceptionnel galvanise
«Vrai», reprend Sébastien Fournier, actuel entraîneur du Team Genève Servette M21. Quand une équipe gagne, elle fait des émules auprès des teenagers. A commencer par les jeunes footballeurs. «Nous détaillons les prouesses de l’équipe, sur le terrain, dans les vestiaires. Alors forcément il se crée un phénomène d’émulation», affirme-t-il.
Sans compter que l’exploit des Rougets donne aussi quelque satisfaction à l’Association suisse de football. «Depuis les qualifications de 1994 et 1996, notre pays a développé la formation des joueurs. Les structures sont davantage professionnelles.
L’engagement n’était donc pas vain», reprend Sébastien Fournier. Et au-delà de la technique sportive, il y a l’ouverture vers l’autre. L’équipe des M17, comme la plupart de celles qui foulent les pelouses genevoises, est composée de jeunes gens émanant de cultures et d’origines multiples.
La force multiculturelle
«Ce mélange est bénéfique sur tous les plans. D’une part, chaque joueur apporte une autre manière d’appréhender le jeu, et le groupe est forcément gagnant. D’autre part, ce multiculturalisme est aussi une école de la tolérance et de la compréhension de l’autre. Parce que, lorsqu’il s’agit de défendre un projet commun, il n’y a pas de place pour les actes de racisme larvés ou affichés. Il y a l’unité parfaite.»
La proximité de l’âge
Et hors terrain, les Rougets ont-ils fait monter le rouge aux joues de la Genève adolescente? «Sans aucun doute», relève à son tour Mattia Piffaretti, psychologue du sport. «Les pairs ont un rôle essentiel dans les références centrales des jeunes gens. Ils ont le même âge que leurs admirateurs, les mêmes centres d’intérêt, ils rendent les rêves possibles», précise l’universitaire. Leur impact est aussi important que les
idoles dont les posters placardent les chambres des teenagers. «Parce que proches, ils facilitent l’identification», ajoute Mattia Piffaretti.
Lucie, 17?ans, n’est pas une inconditionnelle du foot. Et pourtant, la success story des Rougets, elle l’a lue dans la presse, de la première à la dernière ligne. «En gagnant, ces joueurs donnent une autre image de notre génération souvent jugée peu combative», dit-elle. «Habituée à la facilité, flanquée du syndrome de Tanguy et de l’indéboulonnable besoin de se faire materner par les parents», enchaîne sa camarade, Cynthia. Une erreur forcément, un cliché à tous les coups. La jeunesse de cette fin de décennie a la rage au ventre et la pugnacité pour remporter des victoires sur tous les terrains de sport ou de la vie.