L’histoire d’amour entre la police et le MCG reste vivace. Comme en 2005, la députation du parti populiste compte un tiers de gendarmes. Ils étaient trois pour neuf élus il y a quatre ans, les voilà cinq sur 17.
Tous les gendarmes estampillés MCG ont été élus. Ils constitueront le gros de la représentation policière au parlement, forte de sept hommes: elle comptera aussi le libéral Marcel Borloz et l’UDC Marc Falquet. Les trois candidats du PDC et des radicaux ne parviennent pas, en revanche, à grossir cette députation uniformée.
Autre constat, plusieurs élus du MCG ont commencé leur carrière politique dans d’autres partis de droite. Trois proviennent du PDC, dont la recrue phare, l’avocat Mauro Poggia. Deux sont passés par l’UDC, et notamment leur leader, Eric Stauffer. Henry Rappaz fut même le président du parti agrarien, qu’il se targue d’avoir «relancé» à Genève. Enfin, Pascal Spuhler fut en son temps membre du Parti radical.
Les nouveaux venus, pour la plupart, se disent apolitiques. Le slogan «ni de gauche ni de droite» leur parle. André Python souhaite ainsi «prendre les bonnes idées partout». Et Sandro Pistis explique que l’on peut «voter à gauche pour la famille et le pouvoir d’achat, et à droite pour la sécurité». L’ex-députée PDC Marie-Thérèse Engelberts souligne encore «la proximité» du MCG avec la population, «l’élément déclencheur qui m’a séduite». Plusieurs élus, dont Pascal Spuhler, expliquent enfin avoir rejoint le MCG car ils «connaissaient» Eric Stauffer.
La quasi-absence de femmes constitue un autre élément notable de la députation du MCG. Elles ne sont que deux. Cette proportion très faible ne fait qu’exacerber le manque de réussite des femmes lors de cette élection: seules 28 d’entre elles, contre 72 hommes, siégeront lors de cette législature.
Bardonnex: quand la classe moyenne vote MCG
Dimanche, un nouveau phénomène est apparu: le Mouvement citoyens genevois (MCG) ne s’attire pas uniquement des sympathies dans les quartiers populaires. Des communes plutôt bourgeoises, sans être véritablement riches, comme Dardagny, Chancy ou Bardonnex ont été séduites par le parti populiste. Lequel a ainsi élargi d’autant son assise électorale, avec le résultat que l’on sait.
Qu’ils aient voté ou non, des Bardonnésiens ne cachaient pas hier leur inclination pour le discours antifrontaliers. Serveuse dans le café du village, Maryvonne Valls estime nécessaire un moratoire sur l’engagement des nouveaux frontaliers. «Il y a 26?000 demandeurs d’emploi dans ce canton. La victoire du MCG signifie que le ras-le-bol est grand. Avis aux partis traditionnels.» On peut douter de cette explication sur le plan local, dans la mesure où les habitants de cette commune disposent d’un revenu médian bien plus élevé que la moyenne cantonale. Mieux, le chômage, duquel le MCG tire une relation causale avec le nombre de frontaliers présents sur le sol genevois, y est résiduel.
En revanche, Maryvonne ne met pas les problèmes de circulation en avant, bien qu’elle vive dans une commune située à la frontière franco-suisse, où les pots d’échappement prennent matin et soir le pas sur le chant des oiseaux. Contrairement à Jean-Paul et Esther Emery, deux retraités du coin. «Aux heures de pointe, quatre véhicules sur cinq sont immatriculés en France. Ce n’est pas supportable. Et le pire, c’est que beaucoup occupent des postes importants dans l’administration», croient-ils savoir.
Notable local, Alfred Barthassat, membre du PDC et père du conseiller national Luc, trouve une autre explication au succès du MCG: «Eric Stauffer est partout. De plus, Guillaume et Olivier Sauty sont deux enfants de la commune, où le bouche à oreille fonctionne bien. Lorsque les cafés sont pleins, le matin, eux sont là, pas les autres. Or, ceux qui sont à l’écoute du peuple gagnent toujours.»
Quel que soit le fait décisif, une chose est sûre: le président du MCG, Eric Stauffer, s’est classé quatrième à Bardonnex, derrière deux conseillers d’Etat incontestés et un PDC… Son parti est premier ex aequo avec le PDC, dans l’un de ses fiefs séculaires. Une performance de taille…
Marc Guéniat