C’est symptomatique: si Bellevue, Céligny, Collex-Bossy, Genthod, Le Grand-Saconnex, Pregny-Chambésy et Versoix ont créé un groupement en 1968, ce n’était pas prétexte à des soirées choucroute. C’était pour lutter contre le projet de deuxième piste à l’aéroport. Et aujourd’hui, comme le formule Jean-Marc Mermoud, conseiller administratif de Pregny-Chambésy, il s’agit de faire en sorte que la région ne soit pas «transformée en «zone sinistrée», subissant la route du Lac, les trois voies CFF, l’autoroute et l’aéroport.»
«Nous rendons beaucoup de services au canton»
«Nous rendons beaucoup de services au canton, s’exclame Loly Bolay, députée du Grand-Saconnex. L’Arena, Palexpo, en plus des grandes infrastructures de transport. Et tout cela sans compensation. En direction de Ferney, pratiquement tout est construit, il n’y a plus de verdure.»
La circulation devient impossible, relèvent plusieurs magistrats, et ils déplorent que le projet de route des Nations, déclassé par la Confédération, soit en rade. «Ça fait des années que ce projet est déclaré prioritaire, s’étonne Elizabeth Böhler, conseillère administrative du Grand-Saconnex, mais il n’avance qu’à pas saccadés.»
Certes, les désaccords entre le canton et la commune quant à sa réalisation n’aident pas. Pourtant, Loly Bolay est persuadée que le canton ne s’est pas battu à Berne pour ce projet.
Pour faire bon poids, les magistrats de la région ont été désagréablement surpris d’entendre mentionner, dans le discours de Saint-Pierre du Conseil d’Etat, le tram de Saint-Julien comme prochaine réalisation plutôt que celui de Ferney.
Peu de poids politique
S’agit-il là de symptômes du manque de poids politique de la Rive droite du lac au niveau cantonal? Pour Yvonne Humbert, ex-députée et maire de Genthod, c’est fort possible. «Nous avons toujours dû nous battre. Mais quand vous êtes au Grand Conseil, vous bénéficiez d’un accès direct permanent au Conseil d’Etat, et ça aide.»
«Nous ne sommes pas largués, rassure Patrick Malek-Asghar, conseiller administratif de Versoix, mais on s’aperçoit que la Rive droite est un concept un peu lointain pour la plupart des députés.»
«Cet éloignement peut avoir des conséquences, estime son collègue Hubert Schneebeli, de Pregny-Chambésy. Par exemple, il faudra que nos communes aient leur mot à dire sur le projet de zone industrielle à Colovrex.»
Mais au fond, pourquoi cette région est-elle si mal représentée au Grand Conseil? L’automne passé, les candidats ne manquaient pas, mais ils n’ont pas été élus.
«Il faut profiler des gens»
Première raison: de nombreux habitants de ces communes sont des internationaux sans droit de vote. Mais, fait-on aussi remarquer, les lobbies qui comptent, avocats, médecins, etc., se recrutent surtout sur la Rive gauche. Les associations faîtières comme la Chambre immobilière, par exemple, ne comptent pas de personnalités de la région. Enfin, on remarque qu’il n’y a eu aucune tentative de promouvoir les candidats de la région de façon non partisane.
L’élection de Patrick Malek-Asghar à la direction du Parti radical comme celle de Jean-Marc Mermoud à la tête des communes sont des bons points. «Mais surtout, estime Malek-Asghar, il nous faut une véritable stratégie. Il faut que nous profilions des gens.»
Une région en pleine croissance
La sous-représentation de la région est d’autant plus frappante si l’on considère que:
- en dix ans (de fin 2000 à fin 2009), le nombre d’habitants dans le canton a crû de 10,7%. Dans les sept communes de la Rive droite du lac, de 28,1%.
- La croissance démographique a été la plus marquée à Bellevue (+77,6%), puis au Grand-Saconnex (+33,4%) et enfin à Versoix (+20,3%).
- En 2000, les 28?174 habitants de la Rive droite du lac représentaient 6,8% de la population cantonale. Fin 2009, ils sont 36?085, soit le 7,9% de la population cantonale.
- Mathématiquement, cela leur donnerait «droit» à huit députés plutôt que deux.