Nous le révélions hier: sur les dix communes de Suisse qui accueillent un maximum de hauts revenus imposables, quatre sont genevoises: Anières, Cologny, Vandœuvres et Genthod. La carte des riches et moins riches contribuables de Genève, ci-dessus, montre, par contre et en détail, à quel point les disparités financières sur notre petit territoire cantonal peuvent être grandes. Et poser, de ce fait, des problèmes aigus aux communes les moins loties fiscalement, telles Vernier, Onex ou Meyrin (lire ci-contre), où les taux fiscaux sont bien plus élevés (51 centimes additionnels à Onex contre 25 à Genthod!).
Mais qui sont, en réalité, ces gens aisés à fortunés qui, contrairement aux Alain Delon, Nana Mouskouri, Amélie Mauresmo ou autres Daniel Hechter, au bénéfice d’un forfait fiscal, travaillent et paient la majorité ou la totalité de leurs impôts à Genève?
Banquiers et industriels
Dans notre canton, il s’avère que 5% des personnes les plus riches versent 50% des contributions publiques, soit la moitié des 3,7 milliards de francs collectés l’an dernier. A contrario et dès 2011, une personne sur deux à Genève ne paie pas (ou quasiment pas) d’impôts, en raison de la très forte progression de l’imposition dès 60?000?francs de revenus annuels.
Ainsi, des Ivan Pictet – jusqu’à tout récemment l’un des propriétaires de la banque privée éponyme et dont la fortune collective des associés est estimée entre 8 et 9 milliards de francs par Bilan – ou des Patrick Odier – 4 à 5 milliards – résident tous dans le canton de Genève et y paient intégralement leurs impôts.
Les hauts revenus cités par le rapport de l’Administration fédérale des contributions oscillent entre 200?000 et 300?000 francs en moyenne par an. Or, ce revenu imposable est (presque) une banalité pour un gérant de fortune, avec titre de fondé de pouvoir, ou un trader de matières premières. Compte tenu de la contribution fiscale de cette classe supérieure aisée, on comprend immédiatement l’intérêt qu’a notre ministre des Finances, David Hiler, à attirer à Genève les gérants de hedge funds.
Bien lui en a pris: après Philippe Jabbre (fortune estimée entre 300 et 400 millions de francs), l’un des leaders européens des fonds alternatifs, Alan Howard vient de s’établir à Genève. Selon le magazine Private Banking , il habitera dans l’hôtel particulier abritant actuellement l’étude Poncet, Ziegler & Grumbach qui va déménager dans des locaux plus grands. La fortune de ce gérant de haut vol s’élève à 1,5 milliard de dollars et Alan Howard, à la tête du hedge fund Brevan Howard, va payer l’impôt sur son revenu dans notre canton.
Outre la finance, des industriels de talents, tels les Firmenich, des horlogers mondialement connus, tels les Scheufele de Chopard, ou des négociants en matières premières, tel Jean Claude Gandur, à la tête du groupe Addax Oryx, figurent également parmi les très grands contributeurs des finances publiques cantonales.