Il a 13?ans et se prostitue. A la fin d’août, ce jeune Rom a eu une relation sexuelle avec un retraité suisse de 71?ans dans des toilettes publiques à Cornavin.
Tout cela pour 50?francs. Pincé en flagrant délit, l’adulte, qui a des antécédents judiciaires pour des affaires analogues, est poursuivi pour actes d’ordre sexuel avec un mineur.
La mère de l’enfant, elle, se retrouve suspectée d’encouragement à la prostitution et violation du devoir d’éducation. L’adolescent roumain, auditionné dans un premier temps par la police, a fugué. Il est introuvable. L’enquête, confiée à la juge d’instruction Yvette Nicolet, s’annonce dès lors ardue.
La rencontre entre les deux protagonistes remonte à l’après-midi du 24 août. L’aîné, né en 1939, doit se rendre à une pharmacie à Cornavin. Son chemin, dit-il, croise celui d’un adolescent qui roule à vélo sur la rue du Mont-Blanc. Selon sa version, l’inculpé aperçoit le jeune Rom passant devant le McDonald’s: «Ça va?» Ce dernier aurait alors répondu: «Oui. Alors on va au WC.» Pour la victime, l’approche a été différente. Il déclare que l’inculpé est allé vers lui en lui demandant: «Veux-tu gagner de l’argent? Alors suis-moi au WC.»
Qui croire? Quoi qu’il en soit, ils se retrouvent quelques minutes plus tard dans une cabine des toilettes de la galerie marchande Métro Shopping, située sous la gare. «Il m’a dit qu’il avait 16?ans», affirme l’inculpé, souffrant de problèmes de vue. Il prétend avoir été pénétré par le mineur roumain. Ce dernier déclare que l’aîné lui a prodigué une fellation.
Un agent de sécurité, interloqué «par des bruits», intervient dans les WC et alerte aussitôt les forces de l’ordre. Peu après, les inspecteurs saisissent sur place une enveloppe avec les 50?francs correspondant au prix de la prestation. Non loin de là, le frère de la victime, âgé de 20?ans, attendait l’adolescent dans un bar gay du quartier, réputé pour être un lieu de rencontre et de prostitution. Fonctionnait-il comme proxénète? Quelle est l’ampleur de ce commerce? D’autres mineurs de la communauté rom sont-ils impliqués? Mystère. Les investigations en cours le diront peut-être.
Abusé durant son enfance, «il est mal à l’aise»
Durant son audition, le mineur, né en 1996, a tenté de mettre hors de cause sa famille. En vain, puisque sa mère se retrouve visée par l’enquête. Face aux inspecteurs, elle affirme avoir donné une bonne éducation à son enfant. Incrédule, elle répète que les Tsiganes ne font «pas ce genre de choses». A noter que l’inculpé, défendu par l’avocate Me Lelia Orci, a déjà eu maille à partir avec la justice, en 2007, pour des affaires d’ordre sexuel. Des faits qu’il a toujours contestés. «Mon client, un homme très seul à la santé fragile, n’est pas un monstre», assure Me Orci. Abusé durant son enfance, «il est mal à l’aise à l’idée que l’enfant n’ait que 13?ans. Il a vite admis les faits reprochés et regrette de s’être laissé entraîner de la sorte. Il éprouve une immense peine pour le jeune homme.»