Eloge de la mobilité ferroviaire. C’est aussi cela Paléo. L’engouement pour le train se vérifie dès le premier soir. Le grand qui vient de la ville (plus une place assise), le petit qui file en campagne (plus une place debout). Il part de la gare de Nyon et s’arrête à celle de l’Asse. Moins de dix minutes. Une éternité.
A plein régime
Premier bain de foule, à hauteur des aisselles. Pas de doute, les gens vont tous au même endroit. «J’attends ce moment depuis une année», glisse Julia, 17?ans, en sautant sur le quai, son abonnement dans la poche.
Il est 19?h, ce mardi, et les navettes tournent à plein régime pour absorber en temps réel cette procession ininterrompue de festivaliers. Les portables sonnent dans chaque wagon. «T’es où?» revient comme le sésame des retrouvailles annoncées. Elles ont lieu au pied de cette Grande Scène sur laquelle un Iguane hugolien déhanche sa silhouette orthopédique, tout en bombant son torse de mappemonde face au soleil couchant.
Prendre le train pour aller voir Iggy Pop, «c’est trop bien», avoue une festivalière qui a rangé sa voiture au garage pour la semaine. Reprendre ce même train à 3?h du mat’, «c’est encore mieux». Le retour en bande recomposée prolonge à sa manière, festive mais fatiguée, la promiscuité des concerts. On se les raconte à plusieurs, on échange ses plaisirs et ses dépits, on dresse un premier palmarès.
Surtout, on se bat contre ce corps, le sien, qui a trop dansé, trop chanté, trop… Le quai No 1, en gare de Nyon, est un dortoir, l’antichambre publique qui permet d’atterrir avant de se coucher pour de bon. L’automate à boissons est dévalisé, on se dispute les dernières branches de chocolat. Un Ragusa à quatre, assis en tailleur, en regardant passer à grande vitesse les trains de marchandises dans la nuit, c’est aussi cela Paléo. Comme l’est le wagon-couchette qui, dix minutes plus tard, s’arrêtera en gare de Versoix. Ultime arrêt avant Rome ou Berlin? Non, Cornavin. Il est 3?h?20. L’interminable convoi se fige. Les dormeurs dorment. Une main amicale se charge de les réveiller. Le plus dur est à venir: retrouver son vélo, cadenassé dans une autre vie. «T’es où?». Le portable n’est d’aucun secours. «L’année prochaine, j’irai planter ma tente au camping de Paléo», lâche un Meyrinois qui remonte à pied la rue de la Servette. Il était venu pour le concert de NTM. La sienne, de mère, est à une grosse heure de marche.