«Je reconnais les faits, je suis responsable de la mort de cette mère de famille et j’assumerai mes responsabilités…» Sur le banc des accusés, hier au Tribunal de police, un homme de 47?ans, prostré. Face à lui, une famille qui réclame justice.
A. était chauffeur aux TPG. Ce 17 janvier 2007, à 6?h?45, au volant d’un bus articulé, il roule trop vite, grille un feu rouge et percute une voiture. Un choc terrible. La Citroën s’immobilise 35 mètres plus loin contre un arbre, route de Florissant. Grièvement blessée, sa conductrice, une infirmière de 52?ans, décède après quarante jours de coma.
Hier, on en a appris un peu plus sur l’accident. Par exemple que le chauffeur, aux états de service impeccables, a dérapé sur la route grasse, juste avant le drame. «C’était une première alerte, pourquoi avez-vous accéléré à nouveau?» lui lance Me?François Canonica, avocat de la famille de la victime. «Je ne sais pas, j’étais ailleurs, j’étais inattentif», répond A. Ailleurs, car il venait d’apprendre que sa moto, emboutie dans un précédent accident, lui serait remboursée par l’assurance. «Inattention triple, estime Me?Canonica. Il n’a pas non plus vu le feu rouge, et il roulait trop vite!»
«Ma mère me manque»
Les explications techniques, livrées dans un climat délétère vu l’animosité entre l’avocat des parties civiles et celui de la défense, ont finalement laissé place à trois témoignages bouleversants. Ceux des enfants et du père de la victime.
«J’ai vécu seul avec ma mère durant plusieurs années. C’était la personne à laquelle je pouvais me confier, elle savait ce qui était bon pour moi, commence son fils, 19?ans, la voix cassée mais avec un courage impressionnant. J’estime avoir assez bien vécu son décès, et c’est grâce à elle, à ce qu’elle m’a appris de la vie. Tous les jours, je passe par le carrefour où a eu lieu l’accident, en allant à l’école. Je vois des bus qui passent… Ma mère me manque en permanence.»
Sa sœur aînée, 25?ans, brisée par l’émotion: «On a eu de la chance, c’était une mère idéale. Tout est arrivé si vite que je n’ai pas pu lui dire au revoir, et combien on l’aimait. Sa joie de vivre, énorme, fait qu’on va avancer comme elle aurait voulu qu’on le fasse.»
Un témoignage ponctué d’un silence pesant, avant que le père de la victime ne prenne la parole, en fixant le chauffeur: «J’espère que la justice sera rendue en toute équité, mais vous n’avez pas respecté la personne accidentée, lui a-t-il dit. Vous avez manqué de courage et d’humanité. Je ne vous en veux pas, je vous plains.»
Ce n’est pas le premier accident de la route où le manque d’attention tue. Mais hier, l’animosité était palpable. «Ça fait deux ans qu’on lynche un pauvre type dont la vie est perdue elle aussi, même si ce n’est rien comparé à la perte d’une maman», confie Me Marc Lironi, avocat du chauffeur. Un homme prévenu d’homicide par négligence, auquel la famille de la victime reproche avant tout d’avoir tardé à se manifester après l’accident. «On m’avait interdit de le faire», lâche-t-il. Qui, on? «Aux TPG, mon chef de groupe et mon chef de secteur.» Deux témoins très attendus le 15 juin, à la reprise du procès. Les plaidoiries, elles, sont agendées au 24 juin.