Les Evangiles, qui racontent la vie de Jésus, sa mort sur la croix et sa résurrection, ne figurent pas parmi les « grands textes » que l'école genevoise propose aux élèves du Cycle d'Orientation. Pierre Weiss en est tout retourné. Le député PLR interpelle le Conseil d'État et les quatre principales Églises chrétiennes du canton.
« Le christianisme, c'est pourtant la première religion du monde avec deux milliards de croyants », tonne le député PLR, qui a cherché en vain la référence au Nouveau Testament dans la brochure de 70 pages que les 12-13 ans ont reçus à la rentrée. Ses trois chapitres portent sur la naissance du monde, le déluge et la condition humaine et la mort et l'au-delà. « Quelles sont les raisons qui ont poussé le DIP à ce choix négatif, demande le député à Charles Beer. La tradition chrétienne les concerne autant sinon davantage que l'épopée de Gilgamesh.»
L'enseignement du fait religieux à l'école est une petite révolution à Genève. Le sujet donne régulièrement matière à des débats enflammés dans et hors de l'institution. Depuis la rentrée à la fin août, tous les élèves de 9e du Cycle d'orientation (ancienne 7e ) trouvent dans la brochure «Grands textes pour interroger le monde» des bribes de réponses aux questions qui surgissent en général à l'âge de l'adolescence. Du genre: comment le monde a-t-il été créé ? Pourquoi je vis ? Qu'est-ce qu'on devient après la mort ? C'est quoi l'amour ?
Un compromis entre les laïcs et les « religieux »
L'enseignement est donné par les professeurs d'histoire qui doivent y consacrer entre trois et six fois 45 minutes durant l'année (soit entre 11 et 23% du temps d'enseignement). Une gageure, d'autant que le traitement même du sujet ne fait pas l'unanimité des enseignants.
Les « grands textes pour interroger le monde », la formule a permis à Charles Beer de proposer - d'imposer disent certains - un compromis aux tenants d'un enseignement de la culture chrétienne à l'école et aux laïcs. Les premiers se lamentent de l'inculture des jeunes alors que l'art est souvent l'expression d'une foi ou de son contraire. Les seconds estiment que la religion n'a rien à faire à l'école, que les questions existentielles et les croyances associées sont du domaine privé.
Les Eglises alertées
Pierre Weiss s'en prend en particulier aux trois enseignantes du CO qui ont fait le choix des grands textes ». Elles ont travaillé sur la base d'un dossier réalisé par l'unité d'histoire des religions de la Faculté des Lettres de l'Université de Genève, sous la direction du professeur Philippe Borgeaud.
Saisi de l'interpellation le professeur Borgeaud a déjà écrit à Charles Beer pour lui signaler que les Evangiles seraient abordés au 10e et au 11e degré. Ce qui ne satisfait pas le député de Soral: «Comment peut-on aborder la mort et l'au-delà sans citer la mort du Christ sur la croix et sa résurrection et la vie éternelle?»
Le député PLR a décidé lundi d'alerter aussi les autorités des quatre plus grandes églises chrétiennes représentées à Genève: Mgr Farine, évêque catholique ad intérim de Genève, Roland Benz modérateur de la compagnie des pasteurs, le curé Mockry des catholiques chrétiens et Jan Stuvermann de l'église évangélique libre de Genève.
« Le plan d'études romand non respecté »
Dans sa question écrite au Conseil d'Etat, Pierre Weiss estime que l'absence du Nouveau Testament est contraire à «l'esprit et la lettre du Plan d'études romand. Le PER se fixe entre autres buts « la transmission des valeurs fondatrices de la vie commune dans une société démocratique ». « Je n'ai rien contre le « Ta'aroa », le chant tahitien de la création, dit Pierre Weiss, mais ce récit est sans doute moins fondateur de notre identité que les Evangiles. »
Et le député PLR de conclure son interpellation au gouvernement par cette interrogation: « Je souhaite savoir si la présence côte à côte du Coran et de l'Ancien Testament, dans la partie consacrée à la naissance du monde, permet de mettre en lumière que pour le premier la femme est inférieure à l'homme, alors qu'elle est son égale dans le second. »
Pour en savoir plus: Présentation du projet et des séquences pédagogiques
NOTE : Le Groupe citoyen « Culture religieuse et humaniste à l'école laïque » présente les ouvrage « Récits de création » et « Récits de la mort et de l'au-delà », mercredi 19 octobre, à 17h et à 20h à l'Ecole de culture générale Henry-Dunant, 20, avenue Edmond-Vaucher. www.ecolelaique-religions.org