Ils se sont donné rendez-vous ce mercredi à midi au pied de la rue de la Cité, devant la fontaine, lieu très prisé des amoureux au centre-ville. Ils, ce sont les militants des droits des animaux. Tout de noir vêtus pour la circonstance. Elle se veut solennelle: un deuil silencieux de soixante minutes, à la mémoire des 400 milliards de poissons et des 56 milliards d’animaux terrestres qui sont tués chaque année pour leur chair, rappellent les organisateurs.
Ensemble, ils ont sorti la calculette et se présentent debout derrière des panneaux aux chiffres en effet édifiants. Cette «boucherie planétaire» représente quand même 105?000 exécutions d’animaux par minute et 1750 par seconde que l’on respire. Un tract distribué aux passants à l’heure du repas de midi rappelle que «maltraiter et tuer autrui par plaisir ou par habitude ne relève pas du domaine légitime de la liberté individuelle».
Le message public est inégalement entendu. Un jeune garçon s’arrête, lit les pancartes et lâche, vaguement ironique, à ses camarades: «Ce genre de manif me donne envie de manger un hamburger. Tous au McDo!» Un sans domicile fixe, tirant sa valise à roulettes, corrige à sa manière désillusionnée: «Je suis végétarien depuis trente ans d’existence. Ce choix m’a valu de ne plus pouvoir m’asseoir à la table de mes proches, de perdre mes amis et de me retrouver à la rue.»
La rue, justement, c’est elle qui recrute, dans le cadre de la Semaine mondiale pour l’abolition de la viande (SMAV). L’association GenevAnimaliste est à l’origine de cette action. Parmi ses membres actifs, Alexandra Brutsch, jeune femme au discours qui n’a rien de querelleur.
«Notre but n’est pas de choquer les gens et de les harceler. Nous aimerions que notre mouvement soit reconnu et qu’il gagne en légitimité aux yeux de la population. Il est aujourd’hui tout à fait possible pour les humains de vivre sans consommer des produits d’origine animale. C’est même une chose saine et diététiquement recommandable. Je suis pour ma part née végétarienne. Ma mère l’était déjà. J’ai le souvenir lointain d’une langue de bœuf un jour de cantine scolaire. Je n’ai plus jamais mangé de viande depuis lors. J’utilise volontiers cet autre exemple: la plupart des gens sont contre la corrida. Ils condamnent le plaisir festif d’assister à la mise à mort du taureau. Ils devraient, de la même façon, renoncer au plaisir gustatif de le manger.»