Scènes de désolation ce samedi en fin de journée le long du quai des Bergues. Du verre brisé sur 300 mètres de trottoir et des commerçants, partagés entre l’impuissance et la colère. Les vitrines des bijouteries ont toutes subi ce qui ressemble à un braquage collectif. Des dizaines d’impact sur les devantures blindées, des coups de masse, de clés à mollette, de bars de fer. Le Starbucks Café est noir de monde, mais les clients ont froid. Il n’y a plus de fenêtres. Etoilé aussi le Four Seasons Hôtel des Bergues. Les portiers ont le visage défait, le chauffeur de limousines raconte: «J’ai vu un homme encagoulé s’approcher de moi en faisant le salut hitlérien; j’ai juste eu le temps de mettre les gaz et de fuir avec mon véhicule en direction de la rue du Cendrier.» D’autres voitures de luxe ont eu moins de chance. Une bonne quinzaine ont vu leurs vitres brisées à l’avant et à l’arrière. Des BMW, des Porsche, des Mercedes. Et des propriétaires qui regardent leurs véhicules embarqués par les dépanneuses qui font, jusqu’à la nuit, des rotations entre le centre-ville et la fourrière. Les carrosseries ont également subi des dommages. Des trous un peu partout comme après une pluie de grêle.
Les gendarmes et inspecteurs de la PJ font du porte-à-porte, alignent les constats, enregistrent les plaintes, affrontent la mauvaise humeur des habitants. Ce bijoutier ne décolère pas: «Pendant que les casseurs s’acharnaient sur ma vitrine, les policiers restaient à distance sans intervenir. Je suis allé me réfugier à l’arrière de mon magasin avec un client, car il y avait des éclats partout et un bruit terrible. J’ai cru qu’ils utilisaient des armes à feu.»
Le feu est celui des voitures qui brûlent, à 200?mètres de là, devant les arcades des compagnies aériennes de la rue François-Bonivard. Les flammes lèchent la marquise, obligeant les pompiers à intervenir avec de gros moyens. «Les risques de propagation dans les étages sont bien réels», explique le capitaine Michel Bernard, pendant que devant lui passe l’auto-échelle, immobilisée quelques minutes plus tôt au cœur du cortège remontant le quai des Bergues.
Un homme attend que les derniers manifestants soient passés pour accéder à sa voiture. «Regardez, ils ont tout tiré à l’intérieur. Je n’ai plus rien, sinon des sièges recouverts de verre. Ces mecs sont des guerriers aux manières de sauvages. Je les ai vus s’acharner sur mon véhicule depuis le pont. Les forces de l’ordre faisaient écran. Je n’ai pas pu franchir le barrage.»
Le montant des dégâts? Trop tôt pour le chiffrer. Il faudra faire le tour des garagistes et vitriers de la ville. «Je connais déjà la réponse de mon assureur, lâche un joaillier dépité. Je ne suis pas couvert pour les déprédations commises dans le cadre d’une manifestation. Pour les tentatives de braquage, oui. Or, c’est bien cela qui s’est produit samedi après-midi, devant des milliers de personnes défilant dans la rue.»
Sur les présentoirs du quai des Bergues, battus par le vent, il n’y avait plus une seule montre donnant l’heure samedi soir.